‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 54 sur 179 · Vayamos à morir, como buenos y verdaderos cristianos · texte numérisé non relu

Vayamos à morir, como buenos y verdaderos cristianos

4. Que era sargento mayor del campo impérial. — Y yo, respondit-il, soy Gonzalo Pizaro el desdichado.

io6 Rodomontades espaignolles.

Il marcHoit en brave cavalier, et en contenance royale. Il estoit monté sur un beau et puissant cheval, que ce jour il avoit faict ferrer de treize clous de chaque pied, afin qu'il ne luy manauast au besoing, armé d'un jacque de maille, et une cuyrasse fort riche, et par dessus une casaque de velours, et en sa teste bourguignotte' toute d'or, qui estoit un (beuvre non moins beau que riche. Ce sergent major fut fort ayse d'avoir faict butin d'un tel prisonnier, et incontinent le mena devant de Gasca, qui estoit celui qui commendoit, ui luy demanda soudain s'il estoit beau 'avoir esmeu et bandé tout ce royaume contre l'empereur son souverain et maistre. Pizarre respondit : « Mes frères et moi, ayant conquis ces terres et |ce pays à nos propres despens, travaux, frais, et notre propre sang, nous n'avons point pensé pécher contre Sa Majesté, en les gardant et les gouvernant comme légitimes souverains et conquerans*. »

Alors Gasca dict qu'on l'ostat de devant luy; et y eurent plusieurs soldats qui eurent chascun plus de cinq ou six mille pesàns d'or pour leur butin. Le lendemain de sa prise, il fut sententié à mort, et à estre décapité et mené sur une mule les mains liées, et ayant

1 . Casque employé d'abord par les Bourguignons de Charles le Téméraire ; il protégeait le crâne, la nuque et les oreilles, mais non la race.

2. Yo vmishermanos,habiendo conquistado estas tierrasy payses, a nuestrascostas, trabajos, gastos y sangre, no hemos pensado pecar contra Su Sacra Magestad, guardandolas, y rigiendo, y gobemandolas, como légitimes senores y conquistadores.

Rodomontades espaignolles. 107

une cappe sur lès espaulles. Il mourut en bon chresticn, par signe, sans parier un seul mot, retenant au reste avecques soy une autorité encor grande, grave façon et contenance severe. Sa teste fut portée en la ville des roys*, où elle fut mise sur un pilier de marbre, enfermée d'un treillis de fer, avecques ce tiltre ou escriteau : « C'est ici la teste du traître Gonzalve Pizarre, lequel donna la battaille contre Parmée royale de l'empereur son souverain, dans la vallée de Xaqusagnava, le lundi 9 avril i548'. »

Voylà la fin de Gonzalle Pizarre, qui ne fut jamais vaincu en battaille qu'il aye donné, encore qu'il en ait donné plusieurs*. Diego Centeno paya au bourreau ses habillemens, qui estoient fort riches, afin qu'il ne le dé-

f)ouillast point, le faisant enterrer avec eux en a ville de Cusco, nonobstant qu'il eust esté son grand ennemy capital. Acte beau, et et certes digne, disant : « Qu'il n'estoit point d'un chrétien, non plus que d'un cavalier, d'injurier et offenser les morts*. » Il se dict

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