Détiectueuse et pauvre
128 Rodomontades espaignolles.
d'une centaine d'harangues militaires, très courtes, tant de nostre temps que d'autres.
Cependant je laisse ce discours; car, comme dict l'Espaignol, « j'ai d'autres vaches à garder, et (T autres brebis à tondre ' », et que je veux encor reprendre les parolles de ce grand duc d'Albe, par lesquelles il ne déguise point aux siens d avoir esté vaincu à Ravenne; mais pourtant il ravalle fort ceste victoire pour nous. Toutefois, quoy qu'il die, luy et autres Espaignols, elle fut grande et très signallée pour nous, sanglante pour eux, et puis nous rapporta du malheur par la perte de ce qu'avions conquis en Italie et à Milan. Les Espaignols ont cela de bon, qu'ils ne se confessent jamais vaincus ny battus, et ramènent tout à leur gloire; ainsy que fit ce grand duc d'Albe dernier en Flandres, en une harangue qu'il adressa à son armée, et principallement à ses soldats espaignols. Quelques jours avant qu'il pensoit aonner la oattaille au prince d'Orange, près la rivière de Meuse, qui avoit amené une si grand'armée contre luy pour le combattre ; mais le tout s'en alla en fumée, par la providence et sage conduite de ce grand capitaine, qui le fit retirer avecques sa grand'nonte en Allemaigne, de quoy j en parle ailleurs. Ce grand duc donc va rementevoir • à ses Espaig^iols de bout à autre tous les beaux exploicts. qu'ils ont faicts depuis cent ans, et met tout en ligne de compte
1 . Otras vacas tengo que guardar, y otras ovejas que trasquilar.