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2. Coup de taille. Le coup de pointe était Testocade qu'on voit plus Vas.
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et moy l'avons faict en un tourne-main. »
Apres luy m'avoir faict ce conte, ne pouvant m'engarder de rire *, je luy dis : « Comment ! appelez-vous cela rien ? Ah I par Dieu ! vous estes mal, si ne prenez garde à vous.
Sortez-vous-en de ceste ville » : dont il me crut; et Taccommoday d'un bon cheval et d'argent, et se sauva : si bien aue s'il eust esté pris, ou qu'il eust tardé une neure à partir, il estoit perdu. Encore veux-je bien jurer qu'à grand'peine vouloit-il partir, sans que ren pressasse*. Voylà comment ce jeune homme rendit bien malades les quatre personnes, et comment la fortune luy fut bonne.
Hé ! quel tueur !
Il arriva un pareil traict^ à Milan, lors qu'Anthoyne de Levé en estoit gouverneur pour l'empereur Charles, à un comte de cet estât, qu'on appelloit le comte Claudio seulement, et non autrement. Par cas un jour estant allé^ à la chasse, et son oyseau ayant voilé une perdrix ». quand il fut à la remise, qui estoit un lieu fort esgaré et peu battu, il trouva quatre soldats qui s'estoient deffiés, et
1 . L'auteur ne voit là qu'une bonne plaisanterie. C'était par le fait un quadruple assassinat, et des plus lâchement commis. En supposant même que ses quatre victimes n'aient point péri, car leur mort paraît affirmée trop promptement par cet homme si glorieux de son crime, on peut dire que le sens moral de Branthôme est à la hauteur de celui de son ami.
2. Encore puis- je donner ma parole qu'il avait grand'peine à partir et qu'il me fallut le presser.
3. Son autour ayant chasse une perdrix, quand Claudio fut à la remise, c'est-à-dire au lieu où se cachait le gibier.
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avoient choisi pour leur camp et estoquade' un parc de breois et moutons^ dont usent les pastres en là pour y retenir et resserrer leur Destial, afin a'enfiimer mieux leurs terres.
Quel camp clos, voyez, je vous prie, que ces braves gens-là avoient choisi ! Le comte Claudio, les voyant tous quatre en chemise, et prests à se battre deux contre deux, les pria de ne se battre point pour l'amour de luy, et de s'accorder. Eux luy dirent qu'ils n'en fairoient rien, mais que s'il en vouloit avoir le
Î)laisir, et en estre le juge, au'il vist faire seuement. Le comte Claudio aict qu'il n'en fairoit rien, et qu'il ne luy seroit reproché qu'en sa présence ils se coupassent ainsy la gorge ; et là-dessus met pied à terre, et l'espée au poing, pour les empescher de se battre. Eux aussytost, comme désespérés, vont concerter ensemble, et s'escrier : « Tuons-le, puisqu'il nous veut rompre notre entreprise; et, amprès, nous la reprendrons, et nous nous battrons et verrons à qui le champ demeurera »; et de faict le chargent à outrance.
Mais luy, qui estoit pour ce temps-là un des vaillans de Testât de Milan, se garde si bien d'eux, et les charge si bien tous quatre, que trois demeurèrent morts estendus sur la place : et le quatriesme, blessé à la mort, luy demanda la vie, laquelle il luy accorda, et puis s'en alla. Et, despuis, ce soldat en fit le rapport et le conte, que j'ay ouy faire à Milan d'autres fois.
I . Estoquade, c'est-à-dire : enceinte garnie de pieux. De Tocq qui se disait pour grosse souche de bois.
Voylà des bonnes fortunes de Mars, qu'il employé à ceux qu'il luy plaist. Faut bien riotter en cecy que, qtiand des gens de bien ont bien envie de se battre, ou qu'ils sont une fois aux mains, il n'y a rien qui leur fasche plus quand quelques-uns surviennent qui les veulent séparer : et bien souvent a-t-on veu arriver de mesmes que je viens de raconter, que les deux ennemys, ou quatre, ou plus grand'troupe, s'accordent à charger messieurs les separeurs (j'en ay veu deux tels traicts en ma vie), n'estant rien si fascheux au monde à un vaillant et brave homme que de luy rompre son desseing d'armes.
Au siège de La Fere dernièrement, ayant esté pris deux soldats à un escarmouche, dont l'un estoit François et l'autre Espaignol, et menés devant le roy, il dict au François que sa sentence de mort estoit donnée par son bandon* pour les François révoltés contre luy, mais qu'il luy pardonneroit et luy donneroit la vie s'il luy disoit la vérité. L'autre l'ayant promis, le roy luy demanda combien ils pouvoient avoir encor de vivres léans. Le François luy respondit qu'il y en avoit encor pour un mois. Et ayant demandé à l'Espaignol de. mesmes combien il y en avoit, 1 Espaignol respondit qu'il y en avoit encor pour deux mois ou trois. Alors le roy s'adressant au François, luy dict : « Vous serez pendu, car vous m'avez menty. » L'Espaignol, advisé, prompt et courtois à sauver la vie de son
I . Par Tordonnance rendue contre les insurgés français. Branthôme, IX. xo
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compaignon, dict au roy : « Sacrée Majesté, il ne ment point, car il n'y en a pas davantage pour les François, qui sont de^ grands mangeurs; mais ils dureront autant aux Espagnols, qui vivent et se contentent de peu». » Aussy manderent-ils au cardinal d'Autriche qu'il leur envoyast seullement du sel; car ils se salleroient et se mangeroient les uns les autres avant que se rendre. La rodomontade ne fut là bonne, car ils furent bien ayses de se rendre à une honneste composition que le roy très généreux leur octroya et tint très bien.
Certainement, de croire que les Espaignols soient plus sobres que les François, il le faut : à quoy deux soldats se rencontrant une fois en Italie dans une hostellerie, l'hoste leur servit un plat de raisins, ce que le François n'approuva point, et n'en voulut manger. Ce que l'Espaignol remonstra à l'hoste, disant « que les François n'estoient point accoutumés à bâtir sur des choses rondes*. » L'Espaignol, Quant à luy, il mange de tout ce qu'on luy donne, et se contente de peu quand il va de son coust et de sa bourse. Que si vous le sur-, prenez sur son ordinaire, il est quitte, en vous en présentant et priant d'en manger, à vous dire : « Monsieur, mangez de ce morceau de lard ; je vous jure qu'il n'y a point de perdrix
1 . Sacra Magestad, no miente >: porque no hay mas para los Franceses que son grandes comedores ; mas bastan para les Espanoles, que viven y se cont?ntan de poco.
2. Que los Franceses no eran acostumbrados hacer sus edificios ^bre cosas redondas.
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qui le vaille '. » Quand ils sont à la table et aux despens d'autruy, ils mangent aussy bien que les François. Aussy se mocquent-ils d'eux qu'ils mettent tout à la mangeaille, et vont tout nuds; et eux « sont habillés et ornés comme des roys* ». Comme de vray, il n'est pas possible de voir chose si brave comme j'ay veu d'autres fois les vieux soldats des terzes de Naples, de Sicile, de Lombardie, de Sardaigne, voire de la Collette quand ils la tenoient.
Pour retourner encor à leur sobriété, et comme ils endurent la faim, je m'en vais faire ce conte et puis plus. A la révolte de la ville de Sienne, et qu elle fut surprise et gaignée par nostre roy Henri II, il y eut trois soldats espaignols qui, ne perdant cœur, gaignerent une tour de la porte Romaine, et se résolurent là de vendre leur mort au plus haut prix qu'ils pourroient. Comme de faict, ils firent si bien que M. de Termes, le principal chef françois de l'entreprise, vint luy-mesmes parler à eux qu'ils se rendissent, et qu'il leur fairoit bonne guerre et honneste composition, et qu'ils advisassent bien qu'il y avoit quatre ou cinq jours desjà qu'ils n'avoient rien mangé, et qu'ils s'en alloient aux vespres ou vigiles de la mort, n'ayant nulle provision pour vivre, et qu'ils fairoient bien de se rendre et prendre le parti du roy et laisser celuy de l'empereur, autrement il les fairoit brusler
1. Senor, coma de este pedazo de tocino; que juro à Dios no hay perdiz oue le valga.