‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 79 sur 179 · Los bigotes de sus barbas · texte numérisé non relu

Los bigotes de sus barbas

Rodomontades espaignolles. 15}

en toutes autres où ils se trouvent es armées royalles, que leur valeur, leur discipline militaire et ordre de guerre triomphent pardessus toutes les autres. Et, pour de grands miracles de cela, je leur ay veu alléguer force exemples, et entre autres celuy de Hernan Cortès, « digne certainement, comme ils le disent, d'être mis entre les capitaines les plus renommés; lequel, avec moins de m il le fantassins espagnols et quatre-vingt-neuf cavaliers, prist dans sa ville le grand roy Montezuma ; et enfin, avec le seul bon ordre, se soumit tout l'empire du Mexique. Et en nos jours, Ferdinand Alvarès de Tolède, ce grand capitaine et duc d'Albe, seulement avec mille arquebusiers et cinq cens mousquetaires, et la bonne discipline et ordre de guerre, rompit et passa au fil de l'epée, en Frise, sur le bord de la rivière de l'Ems, douze mille hommes avec lesquels le comte Ludovic de Nassau estoit entré dans cette province ^ »

Les Espaignols, à ce dernier combat, en content beaucoup ; car le duc d' Albe avoit bien plus de gens que dict le conte : mais l'autre en avoit deux fois plus que luy; et surtout,

I . Digno (dicen ellos) por cierto de ponerle entre los de la fama ; el quai, con ménos de mil infantes espanoles y ochenta y nueve cavallos, prendiô dentro de su ciudad al gran rey Montezuma, y al nn con sola la buena orden sujetô el imperio Mexicano. Y, en nuestros dias, Hernan Alvares de Toledo aquel gran capitan y duque de Alva, con solos mil arquebuzeros, y quinientos musqueteros, y la buena disciplina y orden de guerra, rompiô y degollô en Friza, à la ribera del rio Amazio, doce mil hombres con que el conde Ludovico Nazao habia entrado en aquella provincia.

huict ou neuf cens François, très braves soldats, qui combattirent bien. J'estois lors à la cour, quand ces nouvelles vindrent au roy, qui trouva ceste defFaicte très belle et mémorable, et mesme de si peu de gens contre si grand nombre.

Certainement il faut louer leur discipline et bel ordre : en cela ressemblans aux anciens braves Romains, qui , par leur discipline de guerre, et non par grand nombre de gens, ont conquis tout le monde. Mais qui est cause de ce bel ordre et discipline, si non le beau entretenement que le roy d'Espaigne donne à ses gens de guerre, et les belles soldes et payes qui ne leur manquent jamais, bien au ils les attendent, mais pourtant ne les perdent comme nos soldats françois font! Car là où l'argent trotte, Tordre s'y establit, et où il manque, il n'y a plus que confusion. Et ay ouï dire à de grands capitaines que nul grand aujourd'huy, quel qu'il soit, ne peut entretenir une armée bien poUicée, disciplinée et bien ordonnée longtemps, qu'un roy d'Espaigne, ainsy qu'il a tousjours faict despuis que l'empereur son père luy laissa tous ses estats. Aussi est-il si grand et puissant en terres et moyens, que jamais les Romains n'en approchèrent*. En cas qu'il ne soit vray, considérons un peu les grands titres qu'il porte sur le front, que je vais mettre icy par curiorisité. a Don Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de Léon, d' Arragon, des Deux-

I . Branthôme semble id atteint par la contagion des rodomontades de ses héros.

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Siciles, de Jérusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Seville, de Cordoue, de Sardaigne, de Corsique, de Murcie, de Jaen, des Algarves, d'Algeziras, de Gibraltar, des isles de Canaries, des Indes orientales, des isles et terre ferme de l'Océan; archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant et de Milan :

comte de Hapsbourg, de Flandres, du Tyrol et de Barcelone; seigneur de Biscaye, de Gênes et de Molina^ »

Voylà des titres qui font peur, à les ouyr seulement nommer, et mesmes ces deux des Indes Orientales et Occidentales. On pourra dire que celuy des Espaignes peut porter avec soy plusieurs petits royaumes qu'on nomme par villes ; mais pourtant sont royaumes bons et grands, comme le duché de Milan, qui .porte son nom d'une ville, et non du pays. Et quelle duché est-ce! et combien y a-t-il de villes dessoubs ! Le royaume de Naples , quel royaume est-ce! De mesmes sont tous les royaumes de villes qui sont en Espaigne.

Baste* que c'est un grand roy, et que j'ay ouy

1. Don Phelipe, por gracia de Dios, rey de Castilla, de Léon, de Aragon, de las dos Sicilias, de Jérusalem, de Portugal, de Navarra, de Granada, de Toledo, de Valencia, de Galicia, de Mallorca, de Sev'Ua, de Cordova, de Zerdena, de Corsega, de Murcia, de Jaen, de los Algarves, de Algeziras, de Gibraltar, de las islas de Canaria, de las Indias Orientales, islas y tierra firme del mar Oceano ; archiduque de Austria, duque de Borgoria, de Brabante, y Milan ; conde de Abspurg, de Flandes, Tirol, y Barcelona; senor de Biscaya, de Genova, y de Molina.

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