‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 80 sur 179 · Mot resté français avec le sens de // suffit, Cest assez · texte numérisé non relu

Mot resté français avec le sens de // suffit, Cest assez

156 Rodomontades espaignolles.

dire que les Romains ne furent jamais si grands terriens ny opulens que luy. Cela est aysé à cognoistre, qui en veut computer et mesurer les terres de l'un et des autres.

Comme j'ai parlé cy-devant de la discipline militaire des Espaignols, certes elle est trèsbelle, bien poUicée et gentiment observée; mais il faut confesser le vray : qu'ils sont fort fascheux et importuns en cela, d'estre fort subjets à se mutiner quand leur paye *leur manque, et dont pourtant guieres pour autre subject; car ils ne se veulent mettra à sédition que bien à propos et avecques raison. Il y a longtemps qu'ils en ont pris ceste coustume, et l'ont continuée soubs le grand marquis de Pescayre, soubs M. de Bourbon et soubs le duc d'Albe. Ils n'y ont pas faict de grandes fautes en cela*, car ils les sçavoient avoir, et leur donner tant de pillages, qu'ils avoient beau moyen de patienter et attendre leurs payes, qu'ils n'en vouloient perdre pourtant pas une seule : tesmoing le sac de Rome, qui les rendit saouls jusqu'à la gorge, et pourtant fallut que le pape baillast de l'argent pour les payer.

Or voicy la façon qu'ils ont à se mutiner, ainsy que j'ai ouy dire et conter à aucuns d'eux : ils commencent à se plaindre les uns les autres, et puis sourdement font courre

Il se prononce maintenant comme beaucoup d'autres mots anciens, sans tenir compte de Vs. Des néologistes ignorant son ancienne origine ont écrit bast et bath.

i..C'est«-àKlire, ce n'était point la faute de ces trois capitaines.

Rodomontades espaignolles. 157

ces motsparmy eux : «Mutinerie, sédition M»

Et puis tout haut commencent à crier :

« Dehors, dehors les gentilshommes! Qu'ils se retirent, parce que nous voulons nous révolter'. » Car, s'il y a des gentilshommes* et des gusmans, qu'ils appellent ainsy parmy eux (comme il y en a force), ne les veulent point recevoir en leur compaignie ; aussy eux ne le feroient pour tout le bien du monde, car ils seroient deshonorés pour jamais, bien qu'il y en ait aucuns, ainsy que j'en ferois un beau discours; mais il seroit icy trop long et superflu. Les capitaines qui en sentent le vent se retirent de bonne heure, tant pour ne courir fortune de la vie que de l'honneur; car ils penseroient estre deshonorés à perpétuité ; et leur seroit reprochable s'ils se trouvoient brouillés parmy leurs menées. S' estant ioincts en bonne troupe, qui plus qui moins, ils eslisent pour leur chei le plus habile et le plus advisé qu'ils peuvent choisir parmy eux, et l'appellent elegidOy et nous autres disons esleu. Ils le contraignent d'en prendre la charge ; et ne faut pas qu'il la refuse; autrement ils le feroient mourir et passer par les armes. Cela faict, ils luy obeyssent comme à leur vray chef et capitaine, se reservans pourtant quelques voix entre eux , puis taschent à surprendre quelques villes pour leur servir de retraictes. De là ils font mille maux, volleries et rançonnemens.

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