‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 85 sur 179 · Que era juste enemigo y piadozo vencedor · texte numérisé non relu

Que era juste enemigo y piadozo vencedor

i66 Rodomontades espaignolles.

Il ne leur fit pas de mesmes que firent les Espaignols à nos François et lansquenets qui restèrent devant Pampelune (le siège levé par M. d'Angoulesme, le roy Jehan de Navarre et M. de La Palisse), qui leur faisoient jurer et promettre, « s'ils guérissaient, de ne plus recevoir de solde du roy de France, puisqu'il se montrait contraire à l'Eglise. A ceux qui croyaient et promettaient cela, ils leur donnaient le Corpus Domini et les autres sacre- * mens de la sainte mère Eglise, et s'ils mouraient la sépulture ecclésiastique. Ceux qui étaient interrogés par leurs confesseurs, et qui ne voulaient point se réconcilier, ils les laissaient là mourir; et s'ils mouraient, il les enterraient comme Maures; car telle était l'ordre de la bulle du pape Jules*. » Quelle bulle d'or ! Les Espaignols se vantent de tout cela; mais, à ce que j'ay ouy dire à aucuns vieux gentilshommes, et françois et lansquenets, confès et non confès, ils ne furent espargnés non plus les uns que les autres ; et leur bailloient dronos*, aussi bien que frère Jehan des Entommures dans Rabelais le donna à ceux qui vandangeoient le clos de sa vigne.

1 . si sanasen, de no redbir mas sueido del rey de Francia, pues que contra la Iglesia se mostraba. A los que esto creyan y prometian, daban ei Corpus Domini y los otros sacramentos de la madré santa Iglesia, y, si morian, edesiâstica sepultura. Los que eran interrogados por sus confesores, que no querian reconciliarse, los dexaban alla morir ; y, si morian, como Moros los enterraban ; porque tal era la intendon y la bula del papa Julio.

2. En langue d'oc, dronos ou dronas veut encore dire aujourd'hui coup de bâton, coup de poing.

Rodomontades espaigwolles. réy

M. de Guyse n'en fit pas de mesmes, car, bien qu'il y eust force lansquenets et autres Allemans sentans mal de la foy, il les fit secourir comme les bons chrétiens et catholiques, mais non pas de si bonne affection, s'en remettant à la volonté de Dieu, et ne voulant acquérir la réputation d'un homme cruel et barbare, puisque l'homme est faict à la semblance et image de Dieu^ Je m'en remets à un grand théologien ce qu'il en diroit là.

Sur ceste dernière guerre de Grenade faicte et parfaicte par don Juan d'Austrie, par cas, en courant la poste, nous nous trouvasmes de rencontre un capitaine espaignol et moy, luy qui venoit d'Espaigne allant en Flandres, et moy de la cour en ma maison. Nous nous mismes luy et moy à deviser fort de ceste guerre. A mon advis qu'il m'en conta prou, et surtout il me va louer don Juan jusques au tiers ciel en me le nommant de plein abord a la sépulture des payens, et que ses actions et vaillances vouloient plutôt être vues que racontées pour être crues * » .

Quand la capitulation d'Amiens se fit dernièrement, il y eut un des députés de dedans, espaignol, qui, ayant trouvé Sa Majesté en quelques masures qui les attendoit pour composer, dit en entrant, pensant faire de l'officieux et du curieux de la vie du roy : « Le roy n'est pas ici bien à couvert des canonnades*. j> Le roy qui l'ouyt luy respondit :

1 . Sepultura de los paganos ; y que sus obras v valentias mas querian ser vistas para ser crddas que contaoas.

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