‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 92 sur 179 · Maquignon se dit en espagnol carratero · texte numérisé non relu

Maquignon se dit en espagnol carratero

(a) Gomment 1 un homme aussi brillant ne pas posséder un ducat ! — Il dit : Pourquoi non ! corps d*un tel (de Diisu), puisqu'entre vous trois, il n'y a pas une blanca (jeu de mots sur blanca, blanche, et blanca. petite monnaie correspondant à notre blanc de cinq deniers.)

La traduction littérale serait non corbleu, mais corps (Tun tel. C'est un juron dissimulé comme celui de la page 64. Voir à la suite des Serments et juremens les détaiu donnés à ce sujet.

Rodomontades espaignôlles. 179

Une mule ne fut jamais veuve *. » Le médecin luy répliqua : « Je veu?: dire qu'elle ait les trois qualités d'une veuve ; qu'elle soit fort grasse, coureuse et de grand appétit '. »

L'on dict que les veuives, au moins aucunes, ont ces trois conditions. Pour bien aller et pour bien manger, je m'en rapporte à ceux qui en ont faict preuve et y ont pris esgard. Pour quant à la troisiesme , j'en ay veu beaucoup de personnes, et mesmes une de très grande authorité, de très grand esprit, estre de ceste opinion et tenir ceste maxime, qu'une femme, aussy tost qu'elle est veufve, devient plus grasse et en bon poinct; ce que j'ay apperceu ; et m'en suis esmerveillé. Car aucunes femmes ay-je veu entre les mains de leurs marys, maigres, seiches, exténuées, qu'elles en tomboient sur les dents. Venoient-elles à estre veufves, les voylà remises et refaictes aussy tost, comme un cheval maigre et elangory^ mis à l'herbe, qui se refFaict et se remet soudainement. De sorte que c'est une maxime, que : qui veut engraisser une femme mariée, qu'il la fasse veufve; car c'est le meilleur engrais qu'on luy sçauroit donner. Ce n'est pas pourtant que les marys ne leur donnent le traictement et l'ordinaire qu'il leur faut, selon leur faculté et petit pouvoir; mais vous diriez que venans de leurs mains, elles ne le trou-

1. Como, cuerpode tal! Os hurlais de mi, senor doctor? Nunca fiié muU viuda.

2. Digo yo que tenga très condiciones de una viuda; que sea gorda, andadora y comedora.

). Languissant. On dit toujours alangourit en langue d'oc.

i8o Rodomontades espaignolles.

vent jamais si bon comme quand elles sont en viduité, et qu'elfes le prennent d'elles-mesmes qui çà qui là, en leur plainiere volonté. J'en voudrois volontiers demander une raison à quelque bon médecin, si ce n'est qu'il me renvoyast à l'apologie de l'asne et du cheval qui est dans Rabelais, et à leur parlement qu ils firent quasi sur mesme chose, où enfin monsieur 1 asne conclut qu'il n'y a que la liberté des champs et choisir sa pasture comme l'on veut, et faire autre chose que je n'ose dire, etn'estre nullement en subjection, bien que l'on mange son saoul à crever dans l'estable. Un cavallier parlant un jour d'amour à une femme aagée, mais pourtant belle encore et fort désirable, elle luy dit : « Eh ! monsieur, comment me parlez-vous de telle chose, lorsque j'en suis aux compiles*?» L'autre luy respondit : « Madame , vos compiles valent mieux que prime de toute autre* » ; faisant allusion gentille là-dessus sur les compiles du soir et sur les heures de prime du matin.

J'en ay faict un beau discours sur ce subject ailleurs. Et combien y a-t-il de dames aagées qui sont autant belles et désirables que les jeunes? De vieillard, il n'en fut jamais un beau ni désirable pour les dames, si ce n'est qu'on ne se voulust ayder d'un plaisant mot ûu'un vieux cavallier dit un jour à une belle dame, luy présentant son service, et qu'elle

1 . Y como, senor, me habla V. S. de esta cosa à mis complétas?

2. Senora, sus complétas valen masque las horas de prima ^e ({ualquier otra.

RODOMOHTADES ESPAIGNOLLES. l8l

l'en reprenoit. Geste dame s'appellant « madame de La Tour' », il luy dit : <c Une telle tour a besoin d'une barba-cane*. » Ce mot est bon et porte en soy deux intelligences, car une barbecane est une espèce de fortification ', et barba cana enespaignol signifie barbe blanche.

Telle et semblable * dit un cavallier d'une fort belle et honneste dame, laquelle ayant espousé un homme fort laid et sale, toutesfois n'enlaidissoit nullement, mais s'embellissoit de jour en jour. Ce cavallier alla rencontrer* a qu'il n'avoit jamais vu de fruit si longtemps en pareil panier sans se pourrir •» . J'ay veu beaucoup de femmes en ma vie de ce naturel, à ne se gaster ny corrompre leurs beautés pour hanter des marys layds, sales et maussades.

Or, faisons une fin, et belle, par trois belles et honnestes princesses.

A ce mesme voyage et entrevue de Bayonne que j'ay dict ci-devant, madame de Guyse, aujoura'huy madame de Nemours, y estoit, où elle parut fraischement vefve , et très belle et en bon poinct, ainsy que de son temps jeune il n'y en a poinct eu une qui l'ait passée, comme son automne en donne encore une belle apparence; et bien qu'alors elle fiist

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