‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 93 sur 179 · Faire cette rencontre, ce jeu de mots · texte numérisé non relu

Faire cette rencontre, ce jeu de mots

6. Que no habia visto jamas fhita en un tal cesto que tanto durase an podrirse.

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plus aagée de beaucoup que Magdeleine de Giron, elle Teffaça fort, bien qu'elle pensast le contraire ; car volontiers on void aucuns fruicts en automne aussi beaux ou plus qu'en esté. Ainsy donc qu'elle estoit un jour en la chambre de la reyne, un cavallier espaignol de bonne façon, et bien en poinct, me vint demander : « Monsieur, quelle est cette belle dame vêtue de deuil ? — Monsieur, lui repondis-je, c'est madame de Guyse, femme de ce grand capitaine M. de Guyse. — C'est madame de Guyse! dit-il. Dieu me soit en aide, c'est une belle dame et de très grande et haute guise M » Ce mot est un mot ancien des vieux romans, qui correspond bien à ce nom de Guyse; et puis, continuant à la louer, il me dit : a Qu elle est bien mise! qu'elle est bien faite, et que son regard est agréable' ! » — Et puis me redemanda : « Est-elle aussi bonne catholique et aussi grande ennemie des luthériens aue monsieur son mari ? — Ouy, monsieur, lui repondis-je, et encore plus, parce que^ les luthériens l'ont tué». »

Il me redemanda si elle avoit des enfans aussy beaux qu'elle. Je luy dis qu'ouy, et luy

1 . Senor, auien es esta linda dama vestida de luto ? — Senor, luy répondis-je, es madama de Guyza, muger de aquel gran capitan monsur de Guyza. — Es madama de Guyzar dit-il. Valame Dios, que linda dama es, y de muy brava y alta guisa !

2. vive Dios ! que bravo trage tiene, y que es bien tallada, y de linda catadura !

3. Es tan buena catôlica, y enemiga de los luteranos, como su marido? — Si, Sehor, luy respondis-je, y aun mas; porque los luteranos le han matado.

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monstray M. de Guyse son fils, et qu'elle en avoit deux autres aux escolles à Paris, tous deux semblables. Après, ayant un peu songé en soy, et arregardant ceste belle dame, et de grand' admiration, il dit, par une petite exclamation : a trop heureux capitaine, qui avez combattu et tué tant d'hommes ennemis de Dieu dans les armées et dans les villes! 6!

trop heureux, encore une autre fois, et plus, qui avez combattu et vaincu à tant d'assauts et de reprises une si belle dame entre les pavillons de votre lit ' » Et me disoit cela comme par un despit amoureux, jaloux de quoy il n'eùst peu participer à une si belle advanture.

Comme de vray, je croy qu'il n'y a au monde si grand chagrin ny despit à un amoureux d'une belle dame, que quand il sonçe que son mary ou un autre en jouissent, et n en mange son pain qu'à la fumée du festin ou par imagination. J'ay ouy tenir -ceste opinion à un très grand et brave prince qui est mort, qui me racontoit un jour privement que, s'il estqit roy de quelque grand royaume,

1.0! bien adventurado capitan, que tantos hombres enemigos de Dios peleàsteis y matâsteis en campos y villas ! ! bien adventurado, otra vez, y mas, que con tantos asaltos combatisteis y vencisteis esta linda dama en las camas y pabellones (â) !

(a) bien fortuné capitaine qui avez combattu et tué au champ comme à la ville tant d'hommes ennemis de Dieu. bien plus fortuné encore, d'autres fois, quand vous avez livré tant d'assauts victorieux à cette belle dame sur les lits et les hamacs. — (Pabilhoun conserve encore le sens de hamac en langue d'oc.)

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il ne seroit jamais tyran que pour une chose ; qu^il entretiendroit très bien la justice, et fairoit observer très estroictement ses edicts et ordonnances, ne fairoit tort à personne, caresseroit fort sa noblesse, et surtout ne foulleroit jamais son peuple de grandes tailles, tributs ny subsides. Mais que si un sien subject, ou grand ou petit, eust une belle femme de laquelle il vint espris, certes il perdroit tout respect, et estendroit là -dessus un peu de tyrannie ; car il faudroit résolument qu'il en jouyst bongré maugré, ou par amour ou par force. Mais premier tenteroit toutes les voyes de douceur et d'amour; et que si elles estoient trop longues et fascheuses à tenir, qu'il useroit de diligence et de prise : « Car bien gastée, disoit-il, seroit-elle d'avoir l'accointance d'un brave roy, et le mary d'estre son compaignon à qui, et à elle, fairoit de grands biens et donneroit de bonnes grades, et ne leur'seroit jamais ingrat, ny surtout les escandalliseroit».'^ »

Je pense n'avoir guieres changé de ces mots qu'il me dit, car quasi ils sont tous semblables; et me les disoit sur un très beau et très grand subject, sur lequel ceste tyrannie meritoit bien d'estre exercée.

La reyne d'Espaigne, pour l'amour de laquelle seule ce voyage et entrevue de Bayonne se fit, parut aussy très belle; et n'y eut Fran-

I. Conclusion di^ne de Texorde. Enrichir la femme et faire avancer le mari sans occuper la chronique scandaleuse, il n'y a que Branthôme pour croire la chose possible et surtout pour déclarer un tel sujet 1 très beau et trb grand » .

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cois qui, l'ayant veue estant fille, n'advouast d'estre extrêmement accreue en beauté, bonne façon et belle majesté, bien qu'elle eust apporté tout cela dès sa naissance ; mais Paage et le temps font beaucoup de belles et bonnes choses, aussy bien que de mauvaises et de laides.

Ainsy, un jour que je devisois avec un fort honneste cavalier espaignol ' (car certes force braves et honnestes d'eux me recherchoient, tant pout en avoir veu et cogneu aucuns en la cour d'Espaigne, qu'il n'avoit pas six mois que j'en estois venu, que pour en parler bien la langue), il me dit, ainsy que nous estions sur les hautes louanges de ceste belle reyne, ces mesmes mots, et beaux certes : « Qu'en vérité une reine si grande et si accomplie paraissoit avoir été comme cachée et renfermée dans la pensée de Dieu dès avant la création du monde, jusques à ce que ce fut sa divine volonté de la joindre par un saint mariage avec le roy don Philippe, oui étauit, par son heureux destin, un si grana et un si puissant roy qu'il touche presque le ciel aVfec la main de sa grandeur et de sa puissance, il étoit absolument nécessaire, et non autrement, qu'il n'en épousât point d'autre qu'elle, qui, pour sa grande beauté, sa majesté suprême, et ses belles et grandes vertus, sembloit plutôt divine et céleste qu'humaine*. » C'estoit bien

1 . Ce fort honnête cavalier espagnol ne peut être que Branthôme lui-même^ il aura jugé 1 occasion bonne pour glisser sous le couvert de l'espagnol ce redoublement de flagorneries. Il est difficile de pousser la courtisanerie plus loin que nous allons le voir dans les citations suivantes.

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