‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 103 sur 157 · Humbert l«' et Ame ou Amédée v · texte numérisé non relu

Humbert l«' et Ame ou Amédée v

198 Livre II^ Chapitre II.

reputoit lasche et meschant. Le dauphin ne fist autre response à ce cartel, sinon au'il dict de bouche au héraut : « Mon amy. dis à ton « maistre, que la force et la vertu d'un prince, « ne consiste point en force corporelle; et que « s'il se veut tant vanter d'estre fort, nerveux « et robuste, je luy respons que je n'ay tor- « reau qui ne soit plus fort et roide que luy; « par quoy quand il s'y voudra esprouver, je « luy en envoyeray. Et quant à 1 armée, dis « luy que s'il est bien pourveu et foumy « ast'eure de gens, que je le seray un'autre « fois à mon tour, et puis je l'yray trouver là « par où il sera »; ce qu'il list au bout de quelque temps, et luy donna la venue et luy deffit toute son arrière garde, chargée de butin, oui se retiroit. Geste histoire on la trouve dans la Chronique de Savoye. Voylà comment le gallant se deffit du cartel à luy envoyé, auquel pourtant debvoit respondre par laict d'armes, puisque le comte le louoit et le tenoit si homme de bien qu'il n'y faudroit. Toutesfois, s'il fut un peu offancé par le reffus, il le rabilla un peu par la deffaicte qu'il fist en la victoire qu'il eust ; car enfin, les grands en quelque sorte qu'ils obtiennent victoire ils acquièrent honneur et louange; mais pourtant le camp accepté l'eust honnoré davantage parmy les gallans cavalliers, et me semble qu'il fist une quasy semblable response que fist Corbane à ces braves seigneurs françois croisez de jadis en la Terre Saincte, lesquels tenans Antioche assiégée, où eux estans plustost assiégez qu'assiegeans^ à cause die la

Discours sur les Duels. 199

misère du long siège, de la famine, de la fatigue, et incommodité de toutes choses qu'ils avoient paty là devant, et menacez aussy du grand secours qui leur venoit à dos, ils envoyarent Pierre l'Hermite vers ledict Corbane, pour luy remonstrer et faire trouver bon de la part de tous les princes chrestiens qui estoient là, que s'il vouloit mettre quelqu'un de ses capitaines en camp clos, ils en mettroient un autre, pour là débattre et vuyder leur différent. S'ils en vouloient mettre davantage ils en mettroient davantage, sinon, armée contre armée, et en lieu pareil. Mais Corbane, rusé, respondit que c'estoit au vainqueur de donner les conditions et faire les loix, que puisque les chrestiens ne cognoissoient pas encore leur malheur, ou faignoient ne le cognoistre, ils n'auroient jà de luy ceste faveur de choisir la mort dont ils voudroient mourir. (Beau mot certes.) Quant aux princes, il les envoyeroit à l'empereur des Perses tous prisonniers; quant aux simples soldats, il les fairoit esclaves, ou les tailleroit en pièces, ainsin qu'il verroit, comme un arbre malheureux qui ne porte point de fruict. Quelle sentence si elle eust sorty à efîect I Mais les chrestiens, par la grâce de Dieu, emportarent la ville. Paulo ^Emilie raconte ceste histoire*.

Meshuy * il est temps de faire une fin ; mais pourtant qui voudroit rendre ce discours parlaict il faudroit dire et discourir à sçavoir

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