I . Pierre de Chamborant, seigneur de Droux
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au combat et qu'il vouloit sortir hors de la ville, fut arresté par La Vergne, capitaine de la garde française de Monsieur. Quand ces nouvelles en vinrent à la cour, je vis aucuns discourir qu'en cest appel l'on y debvoit avoir heu quelque esgard et considération, d'autant que M. de Saint Luc estoit qualliffié, avoit esté maistre de camp des bandes de Piedmont, des affaires et cabinet du roy, capitaine de gens d'armes, chevallier de l'ordre, lieutenant de roy en Brouage et isles de Xainctonge, et autres charges. Autres disoient que M. de Gauville estoit gentilhomme et fort noble par les belles armes qu'il avoit en [main, mieux que gentilhomme de France, et que ce fust esté une belle gloire à M. de Sainct Luc de se battre contre luy, comm' il monstra bieii qu'il n'en fist point de reffus, et une encore plus belle s'il en fust reschappé, ainsin que son brave et généreux courage l'y poussoit.
J'alleguerois icy vouluntiers un exemple, sur un différent qui arriva un de ces ans entre M. de Sainct Couard, tournant nouvellement ambassadeur d'Espaigne, et un gentilhomme de Xainctonge, duquel j'ay oublié le nom ; je n'en sçay pas bien le conte au vray, car pour lors je n estois pas en France, et aussy que les uns me l'ont dict d'une façon, et les autres de l'autre. Voylà pourquoy je m'en tays. Tant y a qu'amprès quelques petites gallanteries et bravades passées entre l'un et Pautre, le roy fust informé du tout et trouva fort mauvais tes formes de procéder du gentilhomme à l'endrotct de M. de ï"
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Couard, d'autant qu'il estoit gentilhomme fort qualliffié, chevallier de son ordre, et son ambassadeur d'Espaigne : et pour ce le roy luy envoyé un de ses hérauts d'armes pour luy remonstrer sa faute, et luy signifier qu'il ayt à comparestre devant Sa Majesté, et officiers de sa couronne, et de ne passer plus outre. Le gentilhomme s'excuse, et dict cognoistre ledict M. de Sainct Couard pour estre voysins et estre gentilhomme comme luy; ne sçavoir qu'il fust chevallier de l'ordre, mais qu'ayant premier commancé à offancer, il ne pouvoit moins faire que d'en avoir raison sans aucun respect, et que luy, estant ainsin marqué de telles qualitez, debvoit premier monstrer le chemin de la discrétion. Quant à le recognoistre pour ambassadeur, il ne le cognoi^soit nullement, ayant quitté l'Espaigne et par ce moyen sa charge expirée, et qu'en Espaigne tenant lieu et la place de Sa Majesté, il î'eust recognu comme tel, et comm' il eust deu,' mais non pas en Xainctonge. Force autres choses et raisons allégua il pour responseaudict héraut, lequel, avec quelqu'un de ses amys, la fist aussy entendre au roy, sans vouloir aller vers luy, craignant son indignation.
Je ne mettray icy par escrit ce qui fust disputé et arresté là dessus au Conseil du roy, car je ne le sçay pas bien, ny ce qui s'y passa despuis, et aussy qu'il y a encore aujourd'huy force gens du Conseil et capitaines vivans qui le sçauroient mieux dire que moy. Je ne diray seulement que sur cela j ouys dire à un très grand seigneur que le roy pensant faire beau-
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coup pour M. de Sainct Gouard et peu pour le gentilhomme, à le vouloir ravaller, fist beaucoup pour Jedict gentilhomme de luy avoir envoyé un de ses hérauts comme si ce fust esté à un prince estranger son pareil, ou autre grand seigneur de son royaume, au lieu de iuy envoyer ou quelque trompette, ou un archer de ses gardes, ou un huissier de son conseil, ou de la cour, voyre un simple sergent de masse ; en quoy le roy l'honnora de beaucoup. Je m'en raporte à la vérité du tout, et au dire des grands capitaines là dessus.
Nous avons veu ces jours passez une grande querelle entre M. le mareschal d'Ornano et M. de Montespent^ tous deux braves et vaillans seigneurs, mais diflferens de qualitez et de charges, l'un mareschal de France et l'autre lieutenant de roy en Guyenne. Ils furent prests à venir aux mains sans beaucoup d'obstacles, et mesmes les deffences du roy. On en parle fort diversement : mais c'est un grand cas de se battre contre son lieutenant gênerai, en quoy on doibt bien admirer nos roys et autres grands princes souverains qui ont empesché ces abus dont il en arrivoit beaucoup de maux.
Or, sur ces comparaisons de noblesses, de grades, de quallitez, d'honneurs, de valleurs et autres subjects semblables, j'ai veu sourdre parmy seigneurs, gentilshommes, capitaines et autres, force querelles et grandes disputes, dont j'en alleguerois plusieurs exemples si je voulois; mais pour fuyr une proUixité pos-
I . Antoine-Armand de Pardailhan de Gondrin, seigneur de Montespan.
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sible trop fascheuse, je me contenteray d'alléguer cestuy cy seulement.
Lorsque 1 entrevue de la royne d'Espaigne se fist à Bayonne*, nostre rby et la royne sa mère s'advisarent, pour plus honnorer la feste, d'envoyer Monsieur, frère du roy (despuis nostre roy), jusques en Biscaye, au devant de ladicte royne, avec cent ou six vingts chevaux de poste, l'accompaignant plusieurs princes, seigneurs, chevalliers de l'ordre, capitaines de gens d'armes, gentilshommes de la chambre, tant du roy que de Monsieur, et gentilshommes servans, vestus de leurs habillemens de poste, fort riches et pompeux qui estoient de velours cramoisy ou incarnadin d'Espaigne, avec force passemens d'argent; mais les uns estoient plus couverts et enrichis que les autres ; c'est à sçavoir, ceux des princes, ducs, marquis, comtes, chevalliers de Tordre et capitaines de gens d'armes, estoient ainsin quasy tous pareils. Ceux des gentilshommes de la chamore du roy et de Monsieur estoient moindres ; et ceux des gentilshommes servans encore moindres. Il y eust, parmy ceste belle troupe, le seigneur de Lignerolles*, l'un des gallans de la cour, et fort accomply tant pour les armes que pour la paroUe, car il estoit tout plein de sçavoir, et qui avoit le cœur grand et glorieux. Il n'estoit encore que gentilhomme de la
1. En 1566. Lorsque la reine d'Espagne • Elisabeth de France, femme de Philippe II, vint à Bayonne voir sa mère Catherine de Médicis, alors régente pour son fils Charles IX.
2. Philibert de LigneroUes, assassiné à Bourgueuil en j 57 1 par Georges de Villequier.
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chambre du roy et de Monsieur, qui n'estoit pas petit honneur et tiitre de ce temps là, et ui ne se sentoit moindre qu'aucuns chevalliers e Tordre et capitaines de gens d'armes, comme vous entendrez. Quand ce vint au despartement desdicts habillemens, et que Ton ne luy en donna que de ceux des gentilshommes de la chambre, il le refFusa tout à plat, et le renvoya bien loing sans en vouloir nullement prendre, disant qu'il en meritoit aussy bien un des beaux et riches, qu'aucuns qui en avoient eu; entre autres nomma le seigneur de Montsalès* et d' Autefort, lesquels estoient de ladicte compaignie des qualifiez et habillez de la g^rande sorte, et qu'il se sentoit autant qu'eux ; et pour ce il ne suivit point Monsieur son maistre. Au retour Montsalès sceut cecy, qui estoit haut à la main et bravasche, et ayant un matin rencontré dans la place de Bayonne, Lignerolles, ainsin qu'il alloit au lever de son maistre, Tacoste, et d'abord luy demande : « Lignerolles, avez vous dict telle (( parolle? » (qu'est ce que j'ay 3ict cy devant). — « Ouy », respondict Lignerolles, a ce que j'ay dict, jamais je ne le desavoue. » — « Ah ! mortdieu », dict Montsalès, « ne « faites jamais comparaison de moy. » Lignerolles replicque : « Quand j'en fairay, je pense- « ray vous faire autant d'honneur comme pos- « sible à moy de tort. » — « Ah I mortdieu », replicque Montsalès, « vous avez suivy Bueil.» (Ce Bueil estoit ce brave bastard de Sancerre,