‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 122 sur 157 · Ce duel eut lieu le 31 mars 1579. L*EstoiIe, peut-être · texte numérisé non relu

Ce duel eut lieu le 31 mars 1579. L*EstoiIe, peut-être

Discours si/r les Duels. 235

Sourdiac estoit armé, et mesmes qu'aucuns ouyrent ledict La Chesnaye crier haut : « Ah ! « paillard, tu es armé», ainsin qu'il Tavoit tasté d'un grand coup qu'il luy avoit tiré au corps ; « ah ! je t'auray bien autrement » , et se mit à luy tirer à la teste et à la gorge à laauelle il luy donna un grand coup à costé, qu il ne faillist rien qu'il ne luy coupast le sifflet; dont ledict Sourdiac ne s estonna nullementainsredoublantson courage, luy tira une grande estocade au corps et le tua. De dire qu'il fust armé, je ne le puis croire; car je 1 ay tousjours cogneu brave et vaillant, les armes bien en la main, et l'honneur en recommandation pour faire telle supercherie, et bien luy servit de bien faire et bien parer les coups; car ledict sieur de Sourdiac, qui estoit mon grand amy, me le conta quelque temps amprès ce comoat, me jurant n'avoir jamais veu un si brave, et vaillant, et rude homme que celluy là, comme de vray il l'avoit bien monstre en plusieurs guerres de Piedmont et de France, et estimé fort mauvais garçon.

Encore le monstra il en ce combat, car il avoit quatre vingts ans lorsqu'il y vint, et mourut. Ainsin à belle vie belle mort, qu'il faut fort estimer, et surtout aussy son brave cœur et son ambition de n'estre voulu partir de la place assignée sans se battre et ne s'amuser trop à parler comme de vray c'est une grande honte, quand on vient là, de s'en

à tort, dit qu'il fut motivé par un procès que le jeune Chasteauneuf faisait à La Chesnaye, son tuteur. Voy. le Traité des duels.

256 Livre II, Chapitre IL

retourner sans venir aux mains, et de se contenter en satisfaction de parolles.

Certes, quand on est en un logis du roy, ou une campaigne, qu'une armée, une cour marche, ou en d'autres lieux, l'on se peut esclaircir du differand par parolles comme l'on veut ; mais quand on est une fois entré dans le camp où vous estes appelle, c'est une chose peu noble que de venir aux parolles, et laisser les armes à part. Je m'en rapporte aux grands capitaines. Et pour tourner encore au discours de messieurs de Montsalès et Lignerolles, ils furent en leur temps braves gentilshommes ; l'un fut tué à la battaille de Jarnac, et l'autre fut assassiné à Bourgueil en Anjou, la cour y estant, par sept ou huict braves et vaillans gentilshommes, qui furent le jeune Villeclair * dict La Guerche, principal querellant, accompaigné du comte Montafier ', du comte Charles de Mansfeld, de Sainct Jehan de L'Orge, et autres », lesquels tous quasy finirent de mesmes façon (que je dirois bien, mais cela seroit trop long) et tous tuez, jusques au grand qui en fust autheur et fauteur*.

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