‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 125 sur 157 · I . Brescia · texte numérisé non relu

I . Brescia

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plus, une cotte d'armes de drap d'or frisé^

et les armes de Foix eslevées en broderie

toute d'or ; ce qui le rendoit bien remarquable

avec son beau visage et son agréable jeunesse

qui montoit à vingt cinq ans. M. de Bayard

lui respondit alors : « C est M. de Nemours

« nostre gênerai, nepveu à nostre roy, et

« frereàvostre royne'. » Il n'eust pas plustost

achevé le mot, que soudain mettant tous pied

à terre, dom Pedro s'adressant, la teste nue,

à M. de Nemours, luy dict : Monseknor, salva

Vhonra d'Espagna y de nuestro Rey, toaos auantos

qu'aqui stamos, somos servidores y cridos de vues-

ira Alteza. « Monseigneur, sauf l'honneur

« d'Espaigne et de nostre roy, tant que nous

« sommes icy, nous sommes serviteurs de

« vostre Altesse. » M. de Nemours, qui estoit

la mesme courtoisie, les remercia avec toutes

les honnestetez du monde, et puis leur dict :

« Messieurs, je vois bien que dans aujour-

« d'huy nous sçaurons à qui demeurera le

« champ, à vous ou à nous, mais à grand

« peine se desmeslera ceste affaire sans grande

« effusion de sang, et pour éviter cela, si

c( vostre vice roy vouloit vuyder ce différend

« de sa personne à la mienne, je. fairois bien

« que tous mes compaignons et amys qui sont

« icy avec moy y consentiront ; et si je suis

« vaincu, s'en retourneront en la duché de

c( Milan vous laissant paisible de deçà ; aussy

« s'il est vaincu, vous en retournerez tous

« vous autres vers Naples. » Quand il eust

I . Germaine de Foix, sœur de Gaston de Foix, duc de Nemours, avait épousé Ferdinand le Catholique en i$o6.

Discours sur les Duels. 241

achevé son dire, luy fiist incontinent respondu par le marquis de La Padulle, grand seigneur napolitain : « Monsieur, je croy fermement que « vostre généreux cœur vous fairoit voulun- « tiers entreprendre ce que vous proposez, et « possible en viendriez à bout ; mais selon « mon opinion, je croy que nostre vice roy « ne se fie point tant en sa personne qu'il y « condescende, pour beaucoup de raisons, et « aussy que les principaux de son armée l'en « garderont. — A Dieu donc, messieurs», dict M. de Nemours, « je m'en vays passer l'eau, « et promets de ne la repasser de ma vie, « que le champ ne soit vostre ou nostre. »

Ainsin se despartirent.

Or sur ceste proposition que faisoit M. de Nemours, pour se battre contre le visce roy, il se dict, qu'entre [autres choses] ses grands capitaines que j'ay nommez qui estoient près de sa personne lui dirent : « Monsieur, vous avez « proposé une chose, qu'encore que vous soyez « nostre gênerai, auquel nous vous' debvons « obeyr comme à nostre roy, puisque vous le c( représentez, et nous estes donné de luy pour a tel, nous n'oserions ny ne sçaurions vous « permettre ce que vous avez offert , si vous « estes pris au mot; et en serions repris gran- « dément et menacez du roy, pour vouloir « hasarder ainsin en un coup son estât de « Milan, comme qui le joueroit aux dez sur « une seule teste, encore que nous vous tenons « si courageux, vaillant et adroict que ce c( seroit bientost faict du visce roy. Mais aussy « songez quelle honte ce vous seroit à vous

Branthôme, VIN, 16

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a qui estes si grand prince, et d'une si grande « et illustre. race, issu que vous estes nepveu « du plus grand roy du monde, d'aller com- « battre un inférieur à vous, encorequ'il tienne (( le lieu qu'il tient et soit gênerai de son « party, comme vous estes ou vostre; mais « pourtant il y a bien de la différence de vous (( àluy; qui pis est, il est vassal de la royne tf d'Espaigne, vostre sœur, la plus glorieuse et « hautaine femme du monde, laquelle, pour « ce seul traict, vous desadvoueroit pour frère, « et le roy vous en voudroit mal à jamais. »

Là dessus on doict considérer les difficultez qui se font en telles choses et combats, auxquels on requiert l'esgalité des personnes, comme du bien grand à grand, cela est juste et faisable.

Nous lisons que du règne de Philippes le Bel, sortirent de grandes Querelles entre le comte de Foix et le comte d Armaignac, tous deux beaux frères : de sorte qu'ils se defiarent au combat, et en prirent jour de duel, et fut assigné le lieu d'iceluy à Gisors, par la permission dudict roy Philippes le Bel. Il se lit qu'amprès la bataille d'Agyncourt, le roy Charles VI' envoya offrir l'espée et Testât de connestable au comte d' Armaignac (lequel s'estoit retiré en son pais et maison), comme le méritant par sa grand' valeur, lequel accepta la charge, plus pour obeyr au roy que pour envie et ambition ; mais advant partir, ayant grosse querelle avec le comte de Foix, et ne voulant laisser son païs en proye à son ennemy , il tascha d'en veoir la fin par une guerre. Mais

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ledict comte de Foix ne voulant l'effusion du sang de leurs subjects, s'advisa l'envoyer deffier de sa personne à la sienne corps à corps, ou accompaigné de dix gentilshommes, ou moins, ou en plus grand nombre. Le connestable accepta aussitost le combat, et se trouvarent tous deux au jour et au lieu assigné.

Mais les comtes de Commenges et d'Estrac *, les vicomtes de Narbonne' et de Carmain, avec les capitaines Barbasan et Saincte Trailles % s'y trouvarent, et comme bons moyenneurs de paix, les engardarent de se battre et les rendirent bons amis, et les firent accol- 1er de bon cœur, bien qu'ils avoient estez ennemis mortels *. Le comte de Foix se retira à Pau, et de là à Sainct Jacques* où il avoit vœu, et le comte d'Armaignac vers Paris, où il fist très bien sa charge et très valleureusement ainsin que nos histoires le nous manifestent. De mesmes aussy il arriva au commancement de ceste guerre de la Ligue, aue le roy de Navarre^ fit quelque certaine déclaration', en laquelle il desiroit, luy et le prince de Condé son cousin, se battre contre M. de Guyse et M. du Mayne, frères. Le roy ne le voulut ; mais ne faut doubter que les uns ny

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