François de Lorraine
Discours sur les Duels. 245
mandement, pour adviser aux affaires de son royaume, qui commançoit à se troubler.
Parmy eux se trouva M. de Montluc, lequel un jour entretenant à sa façon bravasche et libre M. de Guyse, vint à tumber sur le roy de Navarre, et luy dire comm' il Pavoit veu à Nerac; et Payant trouvé fort mal content de luy de quoy il tenoit le rang près Sa Majesté qu'il debvoit tenir, il luy avoit dict qu'il luy debvoit faire entendre son mescontentement, et le faire plustost appeller sur ce différent et le vuyder de sa personne à la sienne, et qu'il n'y avoit meilleur expédient que celluy là, et qu'il s'asseuroit tant de la valeur de M., de Guyse, qu'il ne reffuseroit ce party. A quoy M. de Guyse tout froidement respondict :
« Montluc, les paroUes que vous me dites, « me les dites vous de la part du roy de Nac( varre, qu'il vous en ait donné charge, ou de c( vous mesmes qu'ayez entrepris de les dire ?» M. de Montluc lui respondict : a Monsieur, je « ne les dicts que de moy mesme, parce que « je voy que le royaume s'en va brouillé fort « par vos particullieres divisionj, et que je « m'asseure tant de vostre valleur que ledict « roy, vous offrant ce beau party, vous ne le « reffuserez point, et par ainsin le royaume « demeurera en paix par la mort de 1 un ou c( de l'autre, ou de tous deux. — Vrayement « Montluc, à ce que je voys (respondict M. de « Guyse, tout en collere froide), vous estes « devenu fort politique depuis que ne vous ay « veu ; je suis d'advis que le roy vous fasse « son chancelier, et si vous estes un beau
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a faiseur de combats. Il vous semble que a vous estes encore en vostre Piedmont , a parmy vos gens de pied, où vous les faisiez « battre comm' il vous plaisoit, et comme la « quinte vous en prenoit. Le roy de Navarre « et moy, nous ne sommes point de vostre « gibier, cherchez en d'autre ailleurs. Le roy (i de Navarre et moy nous nous cognoissons « il y a longtemps ; je le tiens pour un des « braves et vaillans princes du monde. Il sçait « bien aussy ce que je sçay faire. Lorsqu'il « me fera entendre ae ses nouvelles, je luy « fairay aussitost sçavoir des miennes. Allez, « souciez vous de vos affaires, et non des « nostres. » Qui fust fort estonné ? ce fiist M. de Montluc, et à belles excuses , qui au bout de quelque tems furent receues, car M. de Guyse l'aymoit fort, comm' il luy monstra despuis en plusieurs endroicts que je dis en sa vie. J'appris ce conte de bon lieu, le lendemain que l'on voyoit M. de Montluc fort estonné, et point braver comme auparavant; car M. de Guyse, outre qu'il gouvernoit tout lors et estoit en très grande faveur, il avoit de quoy par sa valeur pour estonner un homme. Voilà comme il ne se faut pas mesler légèrement des querelles et discordes des grands. Nous tinsmes aussy à la cour, qu'amprès la prison de mondict sieur le prince de Condé à Orléans, et sur son innocence, il voulut quereller mondict sieur de Guyse et l'appeler, mais cela fust accordé * par la sagesse de