Charles d'Anjou, frère de saint Louis
3 . Pierre III d'Aragon, et non pas Alphonse. Les historiens espagnols prétendent que Pierre III fut averti que le roi de France faisait avancer des troupes pour s'emparer de sa personne. Il paraît certain qu'il ne vint à Bordeaux que déguisé et pour déposer une espèce de protestation contre son adversaire.
248 Livre II, Chapitre IL
gence et si à propos au'il arrive précisément un' heure devant solleil couché (estant lors aux plus grands d'esté), et entre dans le camp; et n y trouvant point son ennemy, y brave et piaffe dedans à la mode espaignolle, prend acte de sa diligence et son debvoir, laisse coucher le soleil, et puis s'en retourne comme il estoit venu; ce qui ne fust trouvé guieres beau pourtant d'aucuns, et d'autres disent qu'il avoit observé les lois du duel et avoit comparu à propos, et sans avoir laissé couller et perdre le temps, ny coucher le soleil, ny venir la nuict; à quoy les duellistes le temps passé prenoient fort esgard, et y poinctilloient fort. Il fut esté bien trompé si Charles n'eust bougé de la place comm' il debvoit.
Il se lit aussy dans V Histoire de Naples, que Robert, petit fils de ce roy Charles I'% estant assiégé aans Gennes ^ par Frédéric Marye, visconte de Milan', ce Marye appella Robert au combat de seul à seul ; mais Robert, encore qu'il fust très vaillant, le reffusa, parce que leurs dignitez n'estoient pareilles; car Robert estoit roy de Naples; dont sur ce il y a de belles disputtes, que possible ailleurs nous déduirons, ne servans rien à nostre propos pour ce coup, sinon pour monstrer le combat de grand à grand.
1 . Gênes, qui s'était donnée à Robert en 1 3 1 8, fui assiégée par les seigneurs gibelins de la Lombardie, dont le principal était Mathieu ^et non Frédéric-Marie) Visconti. Ils furent forcés de lever le siège.
2. Le ms. original portait sans doute : Frédéric-Marie Visconti, de Milan.
Ce mesme roy Robert fiist aussy une autre fois appelle et deffié par Frédéric, roy de Sicille, lequel l'eust aussitost pris au mot, puisqu'il estoit son pareil et roy comme luy, sans que le pape Jehan * indigné de ce deffy, excommunia ledict Frédéric, et pour ce tedict Robert en eust les mains liées ; car à ce que disent les docteurs ecclésiastiques, il y va de l'ame de se battre, voyre de parler et conférer avec un excommunié; en quoy certes ledict pape trouva cest expédient meilleur pour ne venir là dans le camp, que ne fust celluy du combat permis entre le roy Charles I", roy de Naples, et le roy d'Aragon, devant Bourdeaux, comme j'ay dict. Faut noter en cestuy cy que si le pape Jehan fist contre l'ame dudict Frédéric, pour l'avoir excommunié, il fist bien autant pour sa vie, car ledict roy Robert estoit très brave et vaillant comm' il l'avoit monstre en plusieurs beaux exploicts, et que de frais il ne faisoit que de venir soustenir le siège de Gennes, où l'espace de sept ou huict mois durant, y estant enfermé, tous les jours se rendoit sur les murailles en personne, l'espée au poing, et là combattoit ordinairement, vaillamment à repousser les ennemys ; dont despuis estant sorty, prit terre à Savonne, et les deffit. Tant y a qu'il eust pu faire belle peur à ce Frédéric s'ils se fussent affrontez, outre qu'il estoit un très homme de bien et de dévotion, et que Dieu fust esté pour luy. De plus il estoit du noble sang de France, qui ne mentit