‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 130 sur 157 · Jean XXII · texte numérisé non relu

Jean XXII

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jamais en telles bonnes occasions. C'est ce brave Robert, qui fust grand père de ceste brave et belle royne Jehanne I'*, la merveille de son temps, en toutes choses : j'en parle en son discours que j'ay faict d'elle.

Voylà aucuns deffis qui se sont veus et présentez de grand à grand, le temps jadis, et ainsin aussy que nous en avons un assez frais, au temps de nos pères, du grand roy François et de Tempereur Charles, lesquels, amprès s'estre longuement outragez de paroUes et desmentys par hérauts et cartels, se desffiarent au combat; mais ils n'y peurent jamais parvenir pour la difficulté et controverse qu'ils eurent du lieu et des armes. L'empereur Charles (disent nos histoires et nos pères) disoit à soy appartenir l'eslection du lieu, comme se disant provocquant et assaillant; et pour ce en pleine assemblée du pape, de son sainct collage, et de force ambassadeurs, mesmes de ceux du roy, en voyant une grande difficulté du lieu, dict qu'il n'y avoit rien de meilleur que se battre en un' isle, ou dans un bateau de grande rivière, ou sur un pont, avec un' espée et dague, ou la cappe. Par ces mots il monslroit tout à coup avoir eslection de lieu et d'armes. Enfin c'estoit un maistre homme. Le roy voulant garder son advantage en l'eslection d'armes, qui les devoit fournir comme provocqué et denendeur, vouloit combattre à cheval, (armé en grand roy et prince) de toutes pièces, avec une bonne lance et bonne espée, bien qu'il ne fust jamais bien arresté du lieu du camp. Voilà pourquoy il

Discours sur les Duels. 2$i

ne voulut jamais recepvoir ny ouyr l'héraut de l'empereur, qu'il ne lui eust apporté le lieu et la seureté du camp pour^e battre, ce qu'il ne fist. Ne fust aussy non plus accordé des armes que l'empereur avoit dict avec l'espée et en dague; disant le roy que c'estoient armes trop communes et peu usitées parmy les grands roys, qui vont à leurs combats, rencontres et oatailles, tousjours sur un bon cheval, et bien armez, non point en petits piétons soldats espadassins, tous desarmez, desquels l'acte estoit combattre en telles armes et façons. En cela, il parloit selon l'usance des anciens duellistes, comme j'ay dict cy devant, qui vouloient que le corps fust couvert ; autrement c'estoit se battre en bestes bruttes. L'empereur replicquoit qu'ils ne se pouvoient combattre de plus belles et nobles armes que de l'espée qu'ordinairement on portoit au costé, pour une marque très insigne de noblesse et valleur, et comme pour une fidelle et ordinaire compaigne en paix et en guerre, qui de temps immémorial avoit esté inventée, portée, usitée et employée de tant de grands empereurs, roys, princes, capitaines et vaillans hommes, par laquelle ils avoient faict de si beaux exploicts. Enfin sur ces discordances leur combat ne se fist point. Le plus beau et le meilleur fust esté sans tant controverser , comme dict une fois en Sicile un vieux capitaine espaignol sur ces discours, qu'ils se fussent battus au beau mitan de leurs armées assemblées pour donner battaille générale, ex sur ce poinct leur commander faire

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alte et ne bouger sur la vie, et tous deux se desffier à la teste de leurs dictes armées, comme firent i^neas et Turnus, y comparestre armez des mesmes armes desquelles ils debvoient combattre en gênerai, et là décider leur différent ensemble, avec condictions pourtant que qui seroit vainqueur ou vaincu n'en seroit autre chose, et les deux armées se retireroient avec cela sans s'entredemander rien ny venir plus advant, et que jamais (me dict cest Espaignol) ny fist si beau, ny se présenta plus belle occasion qu'au voyage de Provence * ; qu'il n'y avoit pas deux ou trois mois que l'empereur avoit tant bravé à Rome, et ne demandoit que se battre comme j'ay dict; mais tant s'en faut qu'ils vinssent là, que le roy ne voulut conduire son armée, et la donna à conduire et à y commander à M. le grand maistre* en Avignon, et luy se tint à Valence cependant. A quoy je repliquay que le roy tout aussitost qu'il sceut le bandon gênerai que l'empereur avoit faict d'amasser vivres à chascun pour huict jours, cuydant que ce fust pour venir assaillir son camp, aussitost s'y vint rendre pour donner bataille, et possible pour se battre main à main contre luy , si que l'empereur ne s'en fust pas mieux trouvé ; car le roy avoit faict d'autres expertises d'armes sans s'espargner ny estre espargné nullement, aux batailles de Marignan et de Pavie, tant signallées, ce que n'avoit faict l'empereur encore, ce qu'il m'ad-

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