Aime de Montmorency, depuis connétable
Discours sur les Duels. 253
voua ; et pour conclusion, il ne me sceut que respondre que son maistre estoit encore jeune, et qu'avec le temps il pourroit faire d'aussy beaux miracles ae sa main, que le roy qui estoit beaucoup plus vieux que luy *.
Il fust esté bien aussi bon sans venir au sang, que ces deux grands princes eussent faict comme firent jadis nostre grand roy Philippes Auguste, et Richard, roy d'Angleterre, qu'on nommoit Cœur de Lion, grands ennemis l'un de l'autre, qui traictarent la paix au Guet d'Amours (gentil nom certes), où s'estoient assignez journée et battaille, entre Bourdedieu* et Chasteauroux qui advint fort miraculeusement; car comm' ils estoient prests pour affronter leurs batailles d'une part et d'autre, les deux roys par le moyen d'un cardinal firent faire alte à leurs armées, loing d'un trait d'arc ou plus, par convantion faicte; parlarent ensemble en ce dict guet, où il y avoit un grand oumeau entre lesdicts deux roys, et comm' ils s'entreparloient sortit dudit oumeau un grand et gros serpent, horrible, et levant la teste, et sifflant contre ces deux roys ; lesquels pour le tuer tirarent aussitost leurs espées ; mais il les esvada, et ne sceurent ce qu'il devint. Aucuns crurent que c'estoit un diable ainsin trans-
1 . Le narrateur espagnol se reporte à l'époque où se passaient les événements dont il rend compte, alors qu'on ignorait l'avenir réservé aux deux princes. Branthôme, en écrivant ce passage, aurait-il oublié qu'en 1566, l'Empereur et leRôi étaient morts depuis longtemps?