‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 138 sur 157 · En i · texte numérisé non relu

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264 Livre II, Chapitre IL

dans le bois, comme je vis, ny pensant nul mal, il luy demanda (tous deux tous seuls de sa personne à la sienne) la parolle qu'il luy vouloit demander, et pour laquelle il l'avoit appelle; mais M. de Bussy l'en satisfist si honnestement, que M. de Guyse eust occasion de s'en contenter, et luy dire : « Monsieur de « Bussy, je me contente, vous jurant que si « vous ne l'eussiez faict, nous nous fussions « bien battus en ceste place où vous voyez « comme je vous y ay amené en gallant « homme, m'estant despouillé de ma princi- « pauté et des grades que j'ay sup^vous, pour « me battre contre vous sans aucune super- « chérie comme vous voyez, m'estant fort « aysé de vous en faire quand je l'eusse « voulu', mais puisque je suis content je « vous asseure que je vous suis amy autant « que jamais. » A quoy M. de Bussy, qui n'avoit point faute jamais de responces, et surtout en ces choses de combats, luy respondict : « Monsieur, je suis fort ayse que vous « soyez content de moy, vous priant de croire « que ce que j'en ay dict n'a esté nullement « par crainte, car Bussy n'en eust jamais, et « aussy que vous tenant si magnanime et « généreux comme je faicts, je n avois nulle « peur de supercherie de vous, et que vous « ne m'avez pas mené icy pour m'en faire, et « me couper la gorge en brigant, mais pour « me faire l'honneur de me recepvoir et battre « contre vous, ainsin que j'esperois de vostre

I. En faire, euphémisme courtisanesque, pour dire faire du mal, maltraiter.

Discours sur les Duels. 265

« vaillant et noble cœur, et comme le venez c( dire ; mais quand nous fussions venus là, « advant qu'aller à vous, je me fusse jette en « terre en signe d'humilité que je vous dois « et le bras nud, et la teste nue, je fusse allé « à vous pour m'essayer,à vous faire courir « aussy grande fortune comme vous me l'eus- « siez faicte courir ; et si j'en eusse eschappé, « je m'en fusse allé jactant* et vantant par « tout le monde de m'estre battu contre le « plus brave et vaillant prince de la chres- « tienté, et avoir 'eschappé de ses armes. »

M, de Guyse luy respondict : « Monsieur de « Bussy, je croy ce que vous dites, et n'en « faicts nul doubte, pour la grande asseu- « rance que j'ay et cognoissance de vostre « valeur et courage. N'en parlons plus, je « suis vostre amy ; suivons la chasse. » M. de Bussy luy dict : « Je suis vostre humble ser- « viteur. » L'un et l'autre m'en firent le conte par les chemins, car l'un estoit de mes meilleurs seigneurs et amis, et l'autre estoit mon parent, amy inthime '.

M. son père, feu M. de Guyse le grand, en fist un quasy pareil à l'endroit d'un certain capitaine de par le monde, qui avoit entrepris de le tuer, et s'en vantoit par tout ; j'en faicts le conte en sa vie. Le roy de Navarre dernier, Anthoine, ainsin que nous allions au siège de Bourges aux premières guerres et que le roy, la royne, leur cour et leur armée marchoient, ayant veu feu M. de Bellegarde

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