‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 23 sur 157 · Paolo-Giordano Orsini · texte numérisé non relu

Paolo-Giordano Orsini

fortune voulut que Tltalien donna un grand vilain coup d'espée sur le jarret de Prouillan, qu'il tumba par terre, sans se pouvoir plus relever ; et luy usant de courtoisie, en rabillant de parolles ce qu'il avoit dict pour Phonneur de la nation, il se contenta, et ne le poursuivit jusques à la mort comme il eust peu ; et ayant pris les armes de son ennemy, sortit hors du camp, et avec son parrain, confidans et amis, monte dans un coche, et les armes de son ennemy portées devant en signe de triomphe, s'en alla à Rome, et y entra avec grande resjouissance et applaudissement des siens, et grand cry qu'un chascun faisoit : Victoria! Victoria! Vhonor de la patria salva! M. le mareschal de Biron, qui estoit lors en ceste armée, commandant à deux cens chevaux légers, s'en pourra bien ressouvenir, et qu'il y eust un peu de risée ; car un seul combat, et particulier, ne peut rabiller l'honneur de tout un gênerai * par les loix du duel.

Ayant amprès entré dans l'église, et faict ses

1)rieres et grâces à son Dieu, se retira fort oué et honnoré de ceux de sa nation, pour l'obligation qu'elle luy debvoit. Prouillan se fist penser, mais non si bien que je ne Paye veu despuis fort boiteux et mal dispos de sa jambe. Il avoit esté en son temps un fort bravasche soldat à la gasconne; mais, à ce coup, la bravetté luy passa. Le capitaine italien fust fort estimé de la courtoisie qu'il luy avoit faict de luy remettre la vie; mais, d'aucuns disent

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