‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 58 sur 157 · I . Charles IX · texte numérisé non relu

I . Charles IX

Branthôme, VI II. S

114 Livre II, Chapitre II.

fust celuy deMillaud^ Mais premier, jediray pourquoy ledicl baron tua ledict Gouneljieu : parce que ledict Gouneilieu avoit tué son jeune frère, jeune garçon de Taage de quinze ans, mal à propos, disoit on, et avec supercherie : qui fust dommage certes, car ce jeune- garçon promettoit beaucoup de luy. Tous deux suivoient feu M. d'Allançon. Voylà comment ledict baron revancha la mort de son jeune frère.

Estant donc de retour d'Italie, il sceut qu'amprès le siège de La Rochelle', MiUaud se pourmenoit dans Paris à son ayse, qui le pensoit encor en Italie, et ne le jugeoit jamais avoir le courage ny la resolution de retourner à cause de la fureur du roy. Néanmoins, il retourne, et se pourmeine par la ville en habit d'advocat, espie et recognoist le tout et son mieux, ayant laissé venir la barbe fort longue, si qu'il estoit irrecognoissable, se loge l'espace de quinze jours en ceste petite maison qui est au bout du guet des Augustins, veoit et reveoit passer son homme par plusieurs fois, ainsin qu'il m'a dict despuis ; puis voyant son bon, et qu'il estoit temps, sort un jour de son logis avec les deux Boucicaux frères, Provançaux, seullement, braves et vaillans hommes certes, aussy les appelloit on les lyons du baron de Vitaux, et attaque Millaud, accompaigné de cinq ou six hommes passant tout devant son logis, le charge, [e tue, avec peu de résistance, et se sauve bra-

' I. Milhau, le çère de celui qui tua le baron de Viteaux. 2. Ce siège pnt fin en juillet 1573.

Discours sur les Duels. ii^

vement hors la ville et aux champs; mais le malheur fust pour luy, qu'en tuant ledict Millaud, un de ses coups d estramassons, par cas fortuit, tumba sur un des Boucicaux à la cuysse, qui luy causa en marchant par païs une grand' effusion de sang, dont il fust contrainct descendre en un bourg et s'amuser et le faire penser à quelque petit barbier de village, ce qui fust cause qu'ayant esté poursuivy par le prevost Tanchon , fust pris à douze lieues de Paris, non trop à l'ayse, car il fist grande deffence, dont il fust fort blessé; et fust mené à Paris au Four l'Evesque, en tel danger, que du jour au lendemain nous le tenions executté. Je le vis par deux fois en la prison, qui me disoit tousjours d'une façon asseurée, au'il ne se doubtoit pas moins que de la mort, de laquelle il ne se soucyoit, puisqu'il avoit vengé celle de ses deux frères, car Millaud avoit tué son autre frère, qui s'appelloit le baron de Tiers, et, disoit on, en supercherie et advantage ; j'en fairois le conte, mais il seroit trop long et ne serviroit pas trop icy. Le voylà donc aux vespres de la mort ; car le roy et le roy de Poulloigne crioient qu'il meure; mais M. le prevost de Paris*, son frère, qui tenoit en son logis pour lors les principaux de l'ambassade des Poullonnois, s'advisa de les prier pour son frère, et demander aux deux roys sa vie, ce qu'ils firent ; et estois en la chambre du roy de Poulloigne quand ils vinrent, où je les vis haran-

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