I. uith
Discours sur les Duels. 127
Cobios, gentil et brave soldat gascon, et pourtant grands amys auparadvant. Ils s'appellarent sur le pont du Pau à Thurin. La fortune voulut que mon frère blessa Cobios à la main de l'espée, qui luy eschappa aussitost, mais le capitaine Bourdeilles pourtant ne ne luy voulut courir sus, ains luy dict :
« Amassez vostre espée, capitaine Cobios, « car je n'ay pas accoustumé de poursuivre « mon ennemy sans ses armes. » Cobios luy respondict : « Je ne gaignerois rien, capitaine « Bourdeilles, de l'amasser, puisque je suis « blessé en la main, et ne me seroit possible « la tenir. » — « Or bien donc », dit le capitaine Bourdeilles, « le combat est achevé;» et le prist et le mena soubs le bras à la ville pour le faire penser, et attandant sa guerison pour se rebattre; mais M. le mareschaP les accorda.
Bien fust grande une courtoisie qui se fist et très signallée, entre deux capitaines du Piedmont, lorsqu'il estoit à nous, lesquels s'estoient fort entr'aymez. Ils vinrent à avoir Question, et s'estans appeliez, ils se battirent ae telle sorte, que 1 un blessa l'autre à la mort sans estre blessé, auquel il dict : « Nous « avons estez par trop grands amys pour vous « tuer. Je vous prie, contentez vous de ce oui « s'est passé, et rellevez vous pour vous aller « faire penser. » L'autre l'en remercia très courtoisement; mais il luy dict : « Ce n'est « pas tout. Faites moy la courtoisie entière.