‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 84 sur 157 · Livre II, Chapitre · texte numérisé non relu

Livre II, Chapitre

en estant gouverneur, par les siens propres) fut pardonné, avec une reinonstrance que feu M. de Guyse luy flst devant le roy et M. le cardinal, qu'il n'eust plus à y retourner ny nul autre, car il n'y alloit rien moins que la vie, disant que c'est un crime capital. J'y estois, et le vis. Si feu M. de Guyse eust vescu encore plusieurs années, il eust bien empesché tant d'appels qui s'en sont ensuivis aux cours de nos roys, et en eust bien fait punir, non seulement pour ces appels en l'hostel du roy, mais pour

Elusieurs autres follies que j'ay veu faire, aussy ien dans les maisons du roy, que dans ses salles et chambres.

Une fois, dans la chambre du roy Henry l!l*, au Louvre, il y eut deux gentilshommes braves et vaillans et bien qualifiez, que je nenommeray point, qui eurent une parole ensemble et vinrent si advant qu'ils furent aux mains et aux dagues, en la présence de trois presidens et cinq ou six conseillers de la cour, qui par cas se trouvarent là, estans venus parler au roy pour quelques affaires qu'il leur avoit recommandé, et attendoieni le roy qu'il sortis!

de son cabinet. Sur quoy M. le premier président dict : « Voyià des gentilshommes a qui font là de grandes foutes; que si dans « nostre palais il leur fust arrivé d en faire la « moindre de toutes qu'ils ont faictes là, je V leur aurois bienlost faict leur procès. » Mais les autres soudain, par l'advis de leurs amis, furent contraincts de dire que le tout s'estoit faict en jeu, pour coulorer leur faict.

Il arriva de mesmes à M. de Sainct Li

Discours sur les Duels. 171

Anvers, dans la chambre de M. d'Alençon, luy estant en son cabinet, mais le prince d'Orange en vit le jeu en sortant, qui fust contre le sieur de Gauville ', où il y eut quelques coups % dont le prince d'Orange s'en estonna et dict que telles choses ne furent jamais veues ny faictes en la chambre, ny salle, ny logis de l'empereur son maistre; autrement il eust mal basté ^ pour les délinquants.

Si est ce qu'une fois l'empereur marchant par pays de Flandres en la compaignie des roynes Eleonor et Marie, ses sœurs, le comte de Feria fit un peu du fou et de l'escandale tout auprès des filles desdictes roynes, qu'il entretenoit en parlant à elles, et mit l'espée au poing contre un autre, dont il fut en grand peine ; mais il estoit grand seigneur et favory

1 . François de Gauville, seigneur de Javersy, gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou et plus tard maréchal de camp.

2. Le fait est raconté ainsi par Busbec : « Erat in cubiculo Alenzonii Sanctus Lucas... Eo praesente, alius, nescio quis, aliquid dixit, quod ille dictum noUet, et in suam contumeliam acciperet. Itaque illi statim os manu percussit, coram et inspectante Alenzonio. Id princeps Auriacus, qui aderat, tulit indigne, neque adeo iram tenuit, quin Alenzonio diceret tam indignum facinus non debere esse impunitum, neque fuisse laturum Imperatorem Carolum, cum viveret, sed severissime in auctorem vindicaturum cujuscunque tandem dignitatis aut fastigii fùisset. Inviolata et sacrosancta esse debere cubicula principum in quibus nulli sit injuriae locus. Ad ea hisce ferè verbis S. Lucas : Ain vero, Carolum mihi narras? qui si viveret etbona et caput habere desiisses. Quo dicto se proripuit, omnesque recordis audaciae admiratione defixos reliquit. 18 dec. IJ82. » Aug. Busb. Op. p. 464.

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