‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 85 sur 157 · Cela eût tourné mal · texte numérisé non relu

Cela eût tourné mal

172 Livre II, Chapitre II.

du roy Philippes» ; et pourtant luy fust pardonné, et avec grande peine*.

Il en arriva de mesmes au marquis de Vîllanne', à l'entrée de l'imperatrix à Tollede, lequel ayant esté poussé un peu du cheval par un argouzil *, mit soudain l'espée à la main ; y cuyda avoir de la rumour grande, car toute la noblesse se formalisa pour ledict marquis à cause de sa grandeur et alliance qu'il avoit avec les plus grands; et pour ce l'empereur le passa et acquiesça tellement quellement. Certes tels premiers mouvements ne sont pas en nos puissances, et mesmes quand il y va de l'honneur, et surtout aux François, lesquels sont si impatients qu'ils sont soudains par sus tous autres.

Si vis je une fois nostre feu roy Henry IIP si en colère contre le sieur de Bremian*, de quelque soufflet ou coup de poing donné à un gentilhomme dans la basse salle du Louvre, que s'il eust esté attrapé ainsin qu'il le fist chercher, il luy eust faict un mauvais party ; et tous les vivans ne l'eussent sceu sauver, tant il cognoissoit bien que tels mespris de respects et telles

1 . « Il est tombé en mes mains plusieurs lettres interceptées, de celluy qui fait les affaires près du duc de Feria, lequel luy mande que le roy d'Espaigne le tient pour le plus affectionné serviteur qu'il ayt en France. » Lettre de Henry IV du 9 juin i J93, dans le Recueil de ses lettres missives, t. III, p. 793.

2. L*auteur, rappelant ce même fait dans son livre des Dames (2« partie), donne plus à propos le titre de duc au personnage qu'il qualifie ici comte de Feria.

Page 1