‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 87 sur 157 · et 1J · texte numérisé non relu

et 1J

174 Livre II, Chapitre II.

le seul nom en estoit en horreur aux chrestiens, alléguant une raison de pardonner à ceux qui offencent. C'estoit bien rencontré de picques *, et luy falloit là dessus donner vinum et especieSy et qu'il beust un bon coup pour un si bon mot; car ou du tout.il faut abollir le poinct d'honneur des hommes et des femmes.

Cela est bon à des religieux et bermites, et me permettra, s'il luy plaist, M. ledict gsirde des sceaux, luy dire qu'il n'allégua pas bien là, et ne meritoit qu'on criast bibat, vivat; et luy et le livre en peuvent dire ce qu'ils vouldront, mais, pour ce que dict ce livre, Dieu et plusieurs gentilshommes dignes de foy peuvent tesmoigner avec moy s'il est vray que le roy Henry III* ait le premier introduict les appels et approuvé ; car du temps du roy Charles IX% ils se commencèrent à pratiquer, comme celuy du baron d'Ingrande et de Gersay à Sainct Germain, où le baron fut tué, et comme celuy du petit Reffuge, que j'ay dict cy devant, et du brave et vaillant M. de Grillon qui tua un capitaine dont j'ay oublié le nom, très vaillamment aussy, en estaquade, et forces d'autres que je n'allegueray pour fuyr prolixité.

Le comte de Brissac fit aussy appeller par le gros La Berte, l'un de ses maistres de camp, le comte de Tande, aux troisiesmes troubles, au bout du parc de Vertueil* en Angoulmois, chasteau appartenant au comte de La Roche-

1. Cette locution employée par Rabelais signifie dire quelque chose mal à propos.

2. Le château de Verteuil, arrondissement de Ruffec (Charente).

Discours sur les Duels. 175

foucaut ; mais ils furent empeschez : j'en parle du subject ailleurs.

Quant à nostre roy Henry 111% je sçay bien, et plusieurs gens de loy comme moy, combien de fois il en a faict d'ordonnances et deffences de n'en venir plus là ; car je l'ay veu à la cour le publier plus de cent fois; et bien souvant, quand aucuns y contrevenoient, il estoit si bon qu'il ne les vouloit faire punir à la rigueur, car il aymoit sa noblesse, comme j'espère en alléguer des exemples en sa vie ', par lesquels il a faict démonstration combien il l'aymoit. Au reste, jamais querelle n'est entrevenue en sa cour, qu'estant venue en sa notice, qu'il ne la fist aussitost accorder, fust ou par luy, ou par les officiers de la couronne. Il est vray qu'on m'en pourroit alléguer aucunes, qui sont trois ou quatre, qui sont en cela contre moy ; je le croy bien, il le falloit ainsin : je ne nommeray rien; ceux qui me liront m'entendront bien^.

Mais, se disent ces bons chrestiens, tous ces combats ne sont nullement saincts ny chrestiens, et deffendus de Dieu. En cela pour n'estre bon théologien, je ne prends point la parolle, mais pourtant David et Golliat combattirent ensemble, et Dieu en approuva le combat; nos duellistes italiens disent que ces combats sont justes, et ce qui est juste n'est point desaprouvé de Dieu. Les grands sénateurs de nos roys les ont bien ordonnez d'au-

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