De Bussy
266 Livre II, Chapitre II.
parmy leur trouppe marchant, et ayant à luy demander quelque parolle*, le tira à part et la luy demanda en gallant homme, sans s'ayder de sa grandeur ny majesté; dont il demeura de lui satisfaict. Ledict Bellegarde le dict amprès à feu Castelpers et à moy.
Nous avons quasy une pareille histoire de ce grand roy François premier, lequel ayant eu plusieurs advis qu'il se donnast garde du comte Guillaume de Saxe% qui estoit en sa cour et son pentionnaire, et avoit dellibéré de le tuer, ne s esmeut autrement ; mais un jour, allant à la chasse, prist la meilleure espée qui fiist en sa garde roobe et mena avec luy ledict comte, et luy ayant commandé de le suivre et de près, et amprès avoir couru le cerf quelque temps, voyant le roy que ses agens estoient loingdeluy fors le comte, se destoumadeson chemin, et quand il se veid avec le comte au plus profFond de la forest seul, en tirant son espée luy dict : « Vous semble t'il que ceste « espée soit belle et bonne? » Le comte la maignant par la poincte et le bout, dict qu'il n'en avoit veu jamais une meilleure ny plus tranchante. « Vous avez raison », dict le roy; « et me semble que si un gentilhomme avoit « entrepris de me tuer, et qu'il eust cogneu « la force de mon bras, la bonté de mon cœur,