I . Sans est ici pour mais
Discours sur les Duels. 271
endurant, ayant mis la main à l'espée, blessa M. le prince. Mais le seigneur de Roches, qui despuis j'ay veu premier escuyer du roy Charles, secondant M. le prince son maistre, blessa M. d'Andellot, et tous deux secuydarent tuer, sans aucuns gentilshommes qui suivoient le cerf, et survindrent et le roy et tout, qui Pempescha. Sur quoy il y eust une très grande rumeur, et les princes du sang tout mutinez et voyant au'il leur en prenoit autant à Toeil*, s'en plainarent au roy et en demandarent raison à M. le connestable, qui vouloit soubstenir la querelle de M. d'Andellotsonnepveu, remonstra au roy publiquement et devant les princes du sang amutinez, si M. d'Andellot avoit tort, il fairoit satisfaction à M. le prince de La Roche, mais aussy s'il n'avoit tort, qu'il n'estoit pas raison que les princes abusassent de leur principauté, laquelle certes leur avoit esté donnée ae Dieu et de nature pour s'en faire respecter et non pour en abuser, ny pour en gourmander les gentilshommes, qui sont chevalliers et gentilshommes comm'eux, et si le plus beau titre qu'un prince puisse avoir et porter amprès sa principauté, est qu'il est gentilhomme; mesmes ce grand roy François ne juroit jamais par foy de roy ny de prince, mais, foy de gentilhomme. Les Espai-
fnols mesmes, quand ils se veulent vanter, ils isent : Juro à Dios que somos hidalgos como el
I . Expression proverbiale qui paraît répondre à celle-ci : Qu'il leur en pendait autant à roreille; c'est-à-dire que semblable aventure pouvait leur arriver^
272 Livre II, Chapitre IL
rey, dineros menas : c'est-à-dire, « nous sommes « gentilshommes comme le roy, il est vray « que nous n'avons pas tant d'escus ». et voylà pourquoy un gentilhomme, quand il est bien gentilhomme, est fort à estimer; cela s'entend bien gentilhomme de race , de valeur et de mérite, de nom et d'armes. Par ainsin M. d'Andellot, (jui estoit conditionné en tout cela, et qui jeune qu'il estoit, avoit cherché l'advanture de guerre en tous lieux de la France, d'Allemaigne, d'Italie, d'Escosse et d'Angleterre, ne debvoit estre bravé ny mené de la façon, comme le cuydoit mener M. le prince de La Roche sur Ion, s'il eust pu. Dadvantage, outre qu'il estoit gentilhomme ainsin qualifié, il estoit chevallier, non de l'ordre, mais de vraye et noble chevallerie, qui valloit bien autant, quand on l'a vaillamment gaignée, comme l'ordre, d'autant que le nom de chevallier et de chevallerie estoit cent fois plus ancien, voyre de temps immémorial, que l'ordre, qui n'avoit esté institué que despuis peu par les ducs de Savoye, Bourgoigne, Angleterre et France, à l'appétit ' de quelque humeur je ne sçay quelle qui leur en prist telle, ainsin qu'il se treuve par leurs institutions. Mesmes que nous trouvons dans les histoires de Flandres que le bon duc Philippes, instituteur de l'ordre de sa Toison, il voulut que son fils, ce brave comte de Charolois, fust faict avec son baptesme chrestien et chevallier de son ordre