‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 23 sur 164 · DE FRANÇOIS DE VIVONNE, CHEVALIER FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DE FRANÇOIS DE VIVONNE, CHEVALIER FRANÇOIS

TRÈS VALLEUREUX.

Passant, afin aae tu ne sois le seul passant sans avoir regardi, la larme à Toeil, et d'un regret relligieux, je deuil d'un roy et de tout un royaume envers François de Vivonne, Pun des premiers chevalliers d'une des premières familles de France, sçache que, favorisé des heureux auspices et veuilz de Henry 11%

Discours sur les Duels. 51

roy de France très auguste, mais pourtant par fortune adverse, il combatit armé en un combat singulier, qui, sans ses armes, n'eust cédé à son ennemy. Ah ! quel malheur et auel sort misérable des humains, et indigne vissicitude oes choses, que celluy qu'on prétend avoir esté vaincu, l'ayt esté tout armé, que desarmé il estoit mvinciblel L'empeschement des armes et Part Tout ainsin voulu. Je te conjure donc, par les dieux et par les hommes, toy passant et natif ae la France, que tu ne dédies à un ingratte oubliance, par un je ne sçay quel petit combat legier, la mémoire de tant de beaux faicts d'armes dont autres fois ce valleureux chevallier, luy vivant, en a donné tant de preuves pour le service de son roy et du bien public ; si que les biensfaicts ne s'oublient pour si peu de chose, ny pour un tel desastre. Et afm que tu ne croye pour chose feinte et £aibuleuse ce que je t'en dicte, un grand prince lorrain et françois, et très excellent chevallier, grandement triste et fasché d'un tel advenement inopmé, a dédié ce tumbeau aux mérites de ce brave et vaillant chevallier poitevin. Voyez, vivez, et à Dieu.

Pour parier de cest erapescheraent d'armes, et en esclaircir ce au'en dict ce tumbeau, il faut sçavoir que M. de La Chastaigneraye fu$t de son temps l'un des plus forts et adroicts gentilshommes de France, en toutes armes et façons ; et pour la lutte, il n'y avoit aussy si . bon lutteur breton, ou autre fust il, qu'il ne portast par terre, car, outre sa force, il y avoit une grande adresse. Il estoit de moyenne taille, et de la belle, fort nerveux et peu charnu.

Le seigneur de Jarnac et luy s'estoient fort souvànt esprouvez du temps qu'ils estoient compaignons d'armes et de cour, bien qu'il fust plus haut et grand que mondict oncle de

$2 Livre II, Chapitre II.

deux grands doigts, et plus vieux de dix ans; car mon oncle n'avoit que vingt huit ans lorsqu'il mourut. M. de Jarnac donc, craignant qu'on ne vinst aux prises, y pourveut fort bien par Tadvis et invention (que trouva le capitaine Caize, Italien, qui lui apprenoit à tirer des armes pour ce combat) d'un certain brassard tout d'une venue, qui ne plioit nullement, ains faisôit tenir le bras gaucne du bouclier tendu et roide comme un pau : ce qui fust un grand desadvantage pour mondict oncle, d'autant que de son bras droict de l'espée il estoit aucunement estropié, au moins peu remis encore à cause d'une grande harquebusade qu'il avoit receu à l'assaut de Conys en Piedmont, y estant allé des premiers, car il estoit à tout, lorsqu'il fvLSt assiégé par M. l'admirai d'Annebaut'.

Voylà donc mondict oncle ainsin empesché et gesné de ses deux bras, comme vous voyez ; en quoy M. d'Aumalle, son parrain, et messieurs ses confidahs, eurent très s^rand tort de ne desbattre poinct ce brassard gesnant et empeschant ainsin son bras, puisqu'il avoit esté dict expressément par les cartels de combattre avec armes usitées parmy gentilshommes, ce qui n'a

t'amais esté veu ny practiqué parmy gentiislommes, ny nos gensdarmes, capitaines et soldats, de porter brassards de telle sorte; et debvoient ces messieurs rejetter ceste forme d'armure comme fausse monnoye, descriée et point de mise; et ne falloit passer plus outre, ains les contester par vives et bonnes raisons.

Page 1