‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 24 sur 164 · I. En · texte numérisé non relu

I. En

Mais ces messieurs s'excusarent, et remirent le tout sur l'ardeur du courage de mondict oncle, qui vouloit combattre en quelque façon que ce lust, et s'opiniastra à recepvoir tout ce qu'on luy presentoit, et fust il chaud comme feu ; en quoy ils eurent encore tort, car, comme non-seulement parrain et conndans, mais comme vrays curateurs de sa personne, ne le debvoient bazarder ainsin mal à propos, et ne le laisser aller à son opinion et son ardent courage, ains le debvoient contraindre et réduire à la leur et à la raison. Geste faute ne se sçauroit aucunement excuser, et ne sçache guieres jeune iiomme, pour si peu d'armes qu'il eust practiqué, qu'il n'eust desbattu cela jusques à la mort. L'on disoit aussy que ledict parrain et confidans se laissarent aller un peu trop à la sentance des juges du camp ; ce qu'ils debvoient contr' eux contandre, aussy opiniastrement que l'on faict contre nos juges de justice^ quand ils donnent quelque mauvaise sentance contre tout droict, veu aussy que ces juges du camp estoient bien ayses de voir la mort de mondict oncle. Je n'en diray poinct les raisons : l'envye faict beaucoup de cnoses. De plus, le roy mesme, pour qui mon oncle en partie eombattoit (le discours en est trop long), debvoit avoir là dessus donné sa sentence, et en corriger les juges, puisqu'il aymoit et favorisoit tant mon oncle ; mais, ce coup, il n'eust pas la tenue bonne sur ce poinct.

Dieu est juste juge du tout. Aussy tous deux sont morts en combat singulier, ainsin que j'en parle en la vie du roy. Tant y a, que si mon-

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dict oncle ne fust esté ainsin gesné par telles armes, l'ont eust veu autre forme de combat, et possible autre issue. Encor cest empeschement d'armes n'en garda pas le seigneur de Jarnac qu'il ne donnast deux dagues*, l'une fort longue, pendante sur la cuisse, et l'autre courte, fichée dans la bottine', et tout pour Papprehantion de la prise, et en prit autant pour luy. Il n'en faut plus parler, le destin en avoit jeté son sort. De discourir de la forme du combat, je n'y touche point; car tel parler et souvenir m'est par trop odieux. Telle fortune de combat fust si inopinée et inespérée de plusieurs personnes de la France, qu'en beaucoup d'endroits, deux mois amprès, n'en peurent jamais croire la mort de mondict oncle; mesmes en Piedmont il y eust deux soldats signalez qui s'assignarent le combat, et combattirent sur ce subject, que l'un le disoit mort, l'autre non, affermant qu'il n'estoit pas possible qu'un si brave et vaillant homme eust finy ses jours de ceste façon.

Queir humeur brave de ce soldat ! Tous deux sur ce faict en demeurarentfort blessez', sans

3ue le dieu Mars eust esgard qui avoit tort ou roict; telle est son humeur quelquefois en .

plusieurs autres et pareils combats. T

Pour venir encore à ce qu'en a dict M. de |

Montluc, si ne puis je croire pourtant que j

1 . Qu'il ne stipulât, dans les conditions du duel, que les combattants aurâient deux dagues.

2. On portait'^un poignard dans la bottine pour le tirer facilement dans le cas ou Ton serait renversé. ^

j. Voy. t. VI, p. 89 et suiv.

ledict M. de Montluc aye franchy ces mots, veu qu'en ce aussy luy ay ouy dire de mondict oncle force bien, comme de raison, et le tant louer et exalter sur tous les vaillans hommes du monde, à luy (estant généreux) ne fust esté séant de detracter de son pareil. De plus, mondict oncle le prit pour un de ses quajre confidans, et le mit au rang de M. d'Estampes, de M. de Sansac * et du seigneur Aurelio Fregose ; c'estoit beaucoup. Mais je croy que quelque mal habile de correcteur, ou animé ' d'imprimeur, ont adjousté à la lettre, lesquels je aonne au diable, avecques leurs impostures, menteries et animositez et sotises, et imprimeries. Bien est vray aue souvant M. de Montluc m'a dict que la gloire l'avoit faict perdre, çt la trop grande outrecuydance qu'il avoit de son vaillant cœur, et son adresse et valeur, et le mespris grand qu'il faisoit de son ennemy; car d'autresfois ils s'estoient veus, çogneus aux guerres, et tastez leurs forces, et sçavoient quelles estoient, et ce qu'ils savoient faire, ce qui le perdit; car, par telle si grande fiance et presumption de soy, il eut peu de soucy aussy d'implorer son Dieu, et l'appeler à son ayde; et mesmes le jour de son combat passa legierement par l'esglise et la messe ; si bien que, conviant ce jour ses amis et amies à se trouver à la veue au combat, il leur disoit ces propos : « Je vous convie un « tel jour à mes nopces. » Ah! quelles nopces ! Au lieu que l'autre, long temps avant, ne

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