‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 6 sur 164 · Robert de la Mark · texte numérisé non relu

Robert de la Mark

2. Librement, galamment ,' franchement , d'une manière noble et libérale.

). Que son honneur fut compromis.

4. Ils étaient habillés. A cette époque, les duellbtes se battaient souvent ou nus ou en chemise.

12 Livre II, Chapitre II.

offencifves ie baron des Guerres avoit choisy pour toutes une espée bastarde*, qu'il avoit fort bien à la main, pour la leçon que luy en avoit donné un prestre oui en estoit très bon maistre : et pourtant M. le vidasme, qui estoit parrain dudict Fandilles, disputa cette arme, d'au^nt que l'article du duel porte « armes usitées parmy cavalliers et gens d'honneur » ; mais il fust respondu que les Suisses, qui sont si braves gens de guerre, n'en usent point d'autres. Pour fin, feu M. le vidasme ne passa point plus avant, s'assurant de la vaillance de son filleul, qui, de son costé, n'en fist nulle altercation. Les voylà donc entrez dans le camp, toutes solemnitez et criées faictes et requises. De premier abord, Fandilles donna un grand coup de son espée à travers la cuisse dudict baron, qui luy fist une telle ouverture, à cause de la largeur de l'espée, que le sang en sortit en si grande abondance, qu'il commençoit desjà à diminuer de la force du baron,

3ui, en prévoyant son inconvénient, s'advisa 'aller aux prises et la lutte, y ayant esté très bien dressé par un petit prestre breton qui estoit aumosnier de M. le cardinal de Lenoncourt, son parent : et ayant aussitost porté son homme par .terre, et le tenant soubs luy, n'ayaiit ne l'un ne l'autre nulles armes offencifves, car elles leur eàtoient desemparées des mains pour mieux se servir de la lutte, se terrasser et porter par terre, par quoy le baron eut recours aux mains et aux poings,

I . Épée à deux tranchants, à lame large, à Tusage des gens de pied.

Discours sur les Dubls. 13

dont il en donnoit de très grands œups à son ennemy, et le plus qu'il pouvoit; et cependant cela n'estoit rien, et de tant plus s'alloit il affoiblissant de sa piaye et de son sang, oui luy couloit fort tousjours. La fortune voulut que le combat estant en tels termes de sus* pension, un eschaffiaut qui estoit là tout auprès du camp vint à se rompre et tumbar, où il y avoit force dames et damoiselles, gentilshommes et autres, qui s'y estoient mis pour veoir le cruel passe temps; de sorte que la confusion s'en ensuivit si grande, tant par la cheute dudict eschaffaut, et par les crys, les plaintes, et le mal que se faisoient et enduroient les damoiselles et gentilshommes, si bien qu'on ne sçavoit à quoy s'amuser, ou de veoyr la fin du combat, ou aller secourir ces pauvres créatures se biessans^ se pressans et s'estouffans si misérablement les uns les autres. Cependant, sur ce grand esclandre, tin? tamarre et trouble, y eust Quelques uns des amis et parens du baron aes Guerres, qui prenant l'occasion à propos, se mirent à crier : « Jetez luy du sable dans les yeux et la bouche » ; ce qu'ils n'eussent osé faire sur la vie, sans cest escandale de cest eschaffaut rompu ; d'autant que, par les loix du camp, cela est fort deffendu, et par le bandon qui se fait sur la vie de ne rien dire, non pas parler, tousser, cracher, moucher, ni faire aucun signe oui peust porter ou paroistre'. Pour fin, le oaron qui n'en pouvoit plus pour les

I. Porter, avoir un résultat. Il était défendu de donner un conseil quelconque aux combattants.

14 Livre II, Chapitre IL

grands efforts qu'il faisoit à sa playe, et à en jeter sang, entendit fort bien l'advertissement, et amassant du sable, duquel le camp estoit aplanny, pour favoriser les deux combattans, s'il fust esté rabotteux, ne faillit d'en jetter dans les yeux et la bouche de son ennemy ; si bien qu'il fust contrainct de se rendre, ce disent les partisans du baron, dont criarent : a Jl se rend. » Ceux de Fandilles disent que non; et parce que le grand bruit et grosse rumeur ae cest eschanaut rompu et de l'escandale arrivé continuoit tousjours, on ne peust rien ouyr de ce que disrent les combat tans. M. de Bouillon, comme juge, ordonna qu'ils fussent séparez, et soudain le baron se leva et se mit à laire estancher sa playe et se penser, car il n'en pouvoit plus : et ainsin qu'il vouloit disposer de son ennemy à sa volonté, et luy faire pastir la mesme peine que l'autre luy avoit préparée et assignée, il y eust une très grande altercation entre les parrains, d'autant que M. le vidasme, parrain de Fandilles, disoit et affermoit tousjours qu'il n'avoit jamais ouy la voix de son filleul, ny la parole qu'il se rendist. Le parrain du baron (il me semble avoir entendu que c'estoit M. de Pavan*, de Lorraine, brave et vaillant gentilhomme) affermoit tousjours le contraire, et vouloit que son filleul triumphast et usast des loix du camp, qu'il avoit acquises justement. Mais M. de Bouillon, prenant advis de soy et d'autres grands capi-

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