‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 8 sur 164 · livre I, chap. xxxii · texte numérisé non relu

livre I, chap. xxxii

lé Livre II, Chapitre II.

certes plaisant pour la forme des armes par lesquelles il fust mené, et pour aucunes cerimonies badines qui y furent observées, car autrement il fust tragicque, car le vaincu fust tué et pendu. Le suDJect estoit fondé sur un privilège que les empereurs et comtes de Haynaut donnarent jadis à ladite ville de Vaianciennes, que, quand un homme avoit tué un autre de beau faict (il use ainsin de ce mot qui n'est point mauvais), qu'est à dire en son corps deffendant et sans supercherie ny advantage, il pouvoit venir demander sa franchise de Vaianciennes, et qu'il vouloit maintenir à l'escu et au baston qu'il avoit tué fort bien son homme sans advantage et en homme de bien; et sur ce luy estoit accordé sa franchise; et nul ne luy pouvoit rien demander pour ceste Querelle, sinon qu'on la prist et maintinst à rescu et au baston , et donnant la loy de la ville; ainsin parle il.

Advint qu'un Mahuot avoit tué un parent dç Jacotin Plouvier; et fust poursuivy ledict Mahuot debvant la loy de Vaianciennes, et disoit Jacotin qu'il avoit tué son parent de guet apens. non pas de beau faict; et pour ce le comoat fust accordé par ceux de la ville et qui estoient juges, et non le duc Philippes, pour ne déroger à la loy, bien qu'il fust leur souverain et y fust présent. Il s'y trouva aussy grand peuple, mais sur la vie il n'osoit dire mot, ny faire un seul bruit; et celuy qui leur commandoit avoit un baston, et leur crioit : « Gare le ban! » si qu'un chascun se tenoit coy, craignant la justice et

Discours sur les Duels. 17

la perte de la vie. Le camp clos estoit tout rond, où il n'y avait qu'une entrée et deux chaires mises Puoevaevant l'autre, toutes deux couvertes de noir (notez ce poinct), pour y faire assoir les combattants attendant l'heure. Cependant avant combattre fust apporté le livre messel, sur lequel prestarent serment l'un l'autre : cela s'usoit fort anciennement. Ils avoient tous deux semblables habillemens de cuir boully , cousu sur eux fort estroictemçnt, tant aux corps, bras, que jambes, les testes rases^ les pieds nuds, les ongles coupez des mains et des pieds aùssy; cela se faisoit à cause des prises. Et m'estonne qu'il ne parle de la barbe; car la prise y est très bonne quand elle est fort longue et de grande estofe, comme de ce temps là elle se portoit», et aujourd'huy.en acommenceon à reprendre la coustume. Pour armes deffencives, ils avoîentt un e§cu, la pointe dessus et en^ haut, d'autant qu'en bas n'apartenoit qu'aux nobles à IV porter, ce oui est à noter*. Pour offencives, ils avoient un oon gros baston de meslier ' d'une

1. Lebœuf, d'après Sauvai, dit qu'en ij20 la propriété de Clagny, près de Versailles, passa aux mains d'Anne Dauvet, qui épousa Pierre Lescot. teur fils, abbé de Clermonc,.fitt gtadfié du singulier pitâvitège de conserver la barbe longue, tandis qu'alors la mofe voulais (pi'oa la portât courte. '

2. L'éca était un bouclier d6 la forme d'un triangle équilatéral •que les chevaliers portaient là pointe en bas. Lorsqu'on exposjdi; i'écu armorié d'un gentilhomme la pointe en haut, c'était lui f^ire l'affront le plus sanglant. On l'exposait ainsi dans la cérémonie de dégradation {5our trahison ou for&iture.

Branthôme, VUU 2

i8 Livre II, Chapitre II.

roesme mesure. Ce bois, est fort dur : aussy les bonnes boulles de parmaille* .se fojit à Naples de ce bois. Le baston de là croix de frère Jehan des Entommeures, dans Rabelais, dont il se servoit si bien, estoit de cormier, qui est un bois aussy bien fort et dur. Avant qu'ils s'allassent affronter, ils demandèrent trois choses : sucre, cendres et oincture.

Aussitost leur furent apportez deux bassins pleins de graisse. (Quelle cerimonie!) Les luicteurs de Turquie oignent axnsia le corps de graisse ou d'huile, pour faire mieux glisser les prises^. Amprès, leur furent apportez deux bassins de cendres, pour oster la graisse de leurs mains, et qu'ils poissent mieux tenir leurs escus et leurs basions. Voylà pour la seconde cerimonie; et pour la troisième, fust mise en la bouche d'un chascun d'eux une

Kriion, de, sucre, autant à l'un comme à utre (pensez encore qu'elle fust pesée), pour recouvrer et entretenir leur haleine et la salive. Voylà un plaisant mystère! En Turquie, les messagers et laquais usent de ces sucres ainsin en leurs bouches quand ils vont par pays à faire grande diligence, pour pareille raison. Notez aussy que, de chascun trois mets en fiist faict essay debvant eux, comme l'on fait debvant les roys et princes. (Quel essay !) Venant donc aux mains, pour abréger mon conte, Mahuot amassa du sable dont le camp estoit semé, et en jetta aux yeux et visage de Jacotin, et en mesme instant luy

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