I. Vallance^ Valenza
Branthôme, VIIL 11
162 Livre II, Chapitre IL
invention certes, et brave courage aussy de ces deux braves gens.
Il y a encore un poinct, que si le roy ou le prince naturel de Tappellé luy défend expressément et sur la vie de n'aller à l'assignation de l'appellant en pays estrange, il ne luy doibt obeyr, parce (disent les duellistes) qu il faut prenerer l'honneur au prince, à son mandement, à la vie et à tout. Ces messieurs en parlent bien à leur ayse, comme si c'estoit peu de chose que desobeyr à son roy. Ils disent pourtant que la loy de l'honneur commande tellement, que si un père accuse son fils de crime de leze majesté divine et humaine, ou de quelu'autre dont il puisse estre deshonnoré, le Is ne pouvant monstrer son innocence autrement, il peut appeller justement le père en duel, d'autant que le père luy faict plus de tort et de mal de le deshonnorer, qu'il ne luy a faict de bien de le mettre au monde et luy donner la vie.
Pour reprendre encore un peu nostre propos sur la donnaison de vie, il y a un poinct qu'il faut bien adviser, que si elle se débat par les deux parties d'une diverse façon, et qu'elles ne s'accordent en leur faict et en leur dire, que l'une en raconte d'une sorte, et l'autre de l'autre, ainsin aussy que l'on en void aucuns pleins de vent, qui se vanteront l'avoir donnée^ d'autres de mesme gloire le nieront. Bref, en quelque sorte que ce soit, si lesdites parties ne s accordent en leur dire, et s'y contredisent en variations, il faut que le roy ou le prince (si cela vient en sa notice) délègue pour esclaircir
Discours sur les Duels. i6)
le tout, et pour les accorder mieux, de bons capitaines pour juges ; voyre s'ils y appellent quelques gens de justice, il n'y a point de mal ; car ces gens là ils sont fort subtils et rompus de tirer les vers du nez de la vérité ou de la vraysemblance, pour les causes criminelles, qui vont tous les jours par devant eux; et puis sur cela s'ils se puissent accorder, qu'ils les accordent, si non que le prince les face rebattre, en faisant pourtant à cognoistre au monde les raisons justes pourquoy il leur ordonne le combat ; voyre faut il qu'il ordonne juges et tesmoings honnorables pour en juger et par amprès de ne retumber par cas fortuit en mesme controverse et contestation, mais le malheur est que tel qui quelquefois pense (comme j'ay dict) r'abiller sa cause, qu'il la perd, et tel le roy pense gratiffier par un otroy de combat, qu'il s'en repent, pour perdre un homme de bien et de valeur qui luy eust faict du service beaucoup. En quoy le roy ou le prince doibt estre bien considéré, car il n'y a que Dieu seul qui puisse juger du sort des armes. Par quoy un bon accord est le souverain remède à tout cela, et si aucun se ressent touché en l'ame, qu'il ne se désespère point pour cela, et qu'il entreprenne un beau voyage de guerre, et là se fasse tant signaler par ses vaillantises (ainsin que fist Fandilles, que j'ay dict cy devant et force autres), et qu'il fasse paroistre au monde que son desastre est venu plus par un certain destin malheureux, comme j'ay dict, que par faute de courage. Ce mot icy, et puis plus :
164 • Livre H, Chapitre IL
J'ay ouy parier d'aucuns, lesquels se sont ainsin jactez * et vantez d'avoir àonné ainsin ces grâces de vie, qui n'en meritoient si grand los comme l'on diroit bien ; car possible ne sçavoient ils pas bien tuer leur homme, soit qu'ils n'en ont pas bien l'asseurance, ou qu'ils en apprehendoient son fantosme et son ombre amprès sa mort, ou soit autrement ; ou bien qu'ils laissoient la victoire à demy , pour n'avoir pas l'esprit ny la resolution de la sçavoir bien poursuivre, soit ou que le jugement leur failloit, ou que trop d'ardeur les perdoit, ou qu'ils n'avoient le cœur de parachever leur ennemy, ou qu'ils avoient un ayse et joye extresme et impatiente de se retirer sains et sauves, ou bien avoient haste de s'aller faire penser s'ils estoient blessez. Aucuns qui craignoient Dieu et ne vouloient achever de tuer, ceux là sont à louer. Aucuns redoutoient le roy et sa justice s'ils venoient à estre pris, et se sauvoient de vistesse comme ils pouvoient. Aucuns craignent aussy les parens, qu'ils ne les recherchent et poursuivent de vangeance, sur la trop grande cruauté. Bref il y a tant d'autres considérations en cela, que je laisse ramener là dessus à de plus cent lois capables que moy.
Voylà (pour conclure ceste dispute) ce que j'en ay ouy discourir, et appris de grands capitaines italiens, qui sont estez les premiers fondateurs jadis de ces combats et de leurs poinctilles', et en ont très bien sceu les théoriques