I . Si est ici affirmatif, pour oui
Branthôme, XIII. ^
dicte clause et article me touche grandement et à mon honneur, pour des raisons que je ne veux alléguer ny desduire, très-bonnes et pertinentes (que le monde sçauroit fort bien aussy desduire, au moins aucuns), je veux et ordonne que mes héritiers et héritières participent tous unanimement et esgalement auxdicts quatre mille deux cens escus, et les partagent ensemble doucement et par bons accords et arbitres ; estant une contradiction par le premier testament, qui dit et ad voue par madicte dame, qu'elle avoit eu de moy par prest lesdicts quatre mille deux cens escus, comme il est très-vray. Et puis, par le codicille, me les oster, et quasy comme les desavouer ! en quoy il y va de r honneur de madicte dame et de moy, et que c'est une vraie fourbe. Par quoy mesdicts héritiers et héritières en pourront passer à l'amiable, afin que l'honneur de madicte dame et le mien en cela soit conservé, ainsy que je l'ay bien consulté par bon conseil de Paris et Bourdeaux : et, par ainsy, je veux mon bien en cela estre esgalement desparty, tant aux uns qu'aux autres; aussy que mondict sieur de Bourdeille m'a fort maltraitté et faict force traicts et frasques insuportables, et peu dignes d'un bon nepveu. Dieu luy pardonne! Mais madame sa sage mère ne luy avoit pas recommandé ny commandé cela, ains de m'aimer et obéir comme si j'estois son père, et me porter pareil respect, non de ne pas m'assister d'une seule sollicitation pour mes procès, et principallement pour celuy de la consei-
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gneurie de Branthome contre le sieur du Peraux, ny contre La Borde dict Servart.
Je sçay bien que mondict nepveu me voudra mal de cest article, et qu'il en dira prou après ma mort ; mais, s'il veut considérer bien le tout, il trouvera que j'ay beaucoup de raison. Et qui ne se contentera pas de si peu de bon bien, qu'il le quitte, il fera plaisir aux autres qui s'en contenteront bien, et ne le desdaigneront point.
Il y a encor une autre clause et article dans ledict codicille, que, par mesmes coup et mesmes raisons que j'ay dict, ledict sieur Dumas y fit mettre et insérer, comme ma susdicte dame désire que la conseigneurie de Branthome retourne à la maison du sieur de Bourdeille. Dieu me soit tesmoing et juge du conseil qu'en cela je luy donnay, pour l'avoir et acquérir pour elle, à cause de la nourriture de la damoiselle Delisle l'espace de vingt ans, et pour autres raisons, et puis jurer que madicte dame mesprisoit cela sans moy, si qu'elle me dict : « Frère, je désire doncques cest acquest ; mais je veux qu'il soit pour vous. Je vous le donne, faites-en vostre profict comme pourrez, car il est près de vous à Branthome. » Pour si peu qu'elle vesquit après, je n'en jouis de quasy rien; car le bien estoit tout brouillé et en litige : et ceux qui pretendoient, comme le seigneur du Peraux et autres, n'y osoient pourtant que peu toucher ; car c'estoit une dame de si grande authorité, qu'on la craignoit plus que l'espée de son fils, comme il parut après sa mort. Dont
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longtemps après s'en accordèrent tellement quellement, dont j'en fus bien aise, non pour un grand profict que j'en ai tiré, mais pour la commodité qui sera après ma mort audict seigneur de Bourdeille. Et veux fort bien que la conseigneurie tombe à luy et à nuls autres, pour agrandir tousjours nostre maison, bien qu'elle m'ait beaucoup cousté d'en tirer quelques petits fruicts; car ledict sieur du Peraux intimidoit les tenanciers à ne payer, bien que M. de Bourdeille, par la transaction qui se fit entre nous deux, estoit tenu de m'en garantir et poursuivre le procès ; ce qu'il n'a jamais faict, non pas seulement le faire solliciter. Je passe doncques ledict article et clause de ceste dicte conseigneurie fort légèrement, mais non celle des quatre mille deux cens escus, qui me sont fort deubs, et en puis fort bien disposer après ma mort : autrement il y va fort bien de mon honneur, comme j'ay dict. Ce que ne voulant débattre lors de madicte transaction, pour n'entrer en procès et contestation avecques luy si-tost après la mort de feu madicte dame, craignant de perturber ses honnorables mânes si-tost après son décès, je me contentay seulement de la jouissance de la Tour-Blanche, à mon regret pourtant ; car j'eusse mieux aimé mèsdicts quatre mille deux cens escus pour m'oster de ce pays fort fascheux à moy, et m'en aller si loin qu'on ne me vist jamais; car j'estois désespéré de la mort de ceste honneste sœur et dame, madame de Bourdeille. Et m'accorday de ceste façon avecques luy, et aussy qu'il n'avoit nul moyen
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de me donner argent (il avoit d'autres affaires d'ailleurs à me payer), et de plus que je pensois qu'il me deust estre meilleur nepveu qu'il n'est, et mieux recognoissant les bons offices et services que je luy ay faicts. Dieu lui pardonne ses ingratitudes! car j'ay crainte qu'il l'en punisse, estant un vice que ceste ingratitude fort désagréable à sa Divinité : entre autre, en voicy une qui levé la paille. Un jour, estant à la Tour-Blanche, dans la salle, il dit tout haut debvant force gentilshommes et autres, sur le subject qu'il n'avoit obligation à homme au monde qu'au sieur de Marouatte qui luy avoit faict avoir la résignation à. M. de Perigueux de son evesché, pour l'y avoir poussé et persuadé. Dont je cuiday partir de collere contre luy ; mais je me commanday et m'arrestay, de peur d'escandale : lequel mondict evesque j'avois faict et créé tel par la nomination et brevet du roy, car ce fut moy qui la luy demanday pour mon frère et pour, moy, ayant veu ledict evesque un chetif petit moine de Sainct-Denys ; et l'avois ainsy tel créé contre l'opinion de madame de Dampierre ma tante, qui ne le vouloit, en me disant plusieurs fois que j'en maudiray l'heure de le colloquer en si haut lieu, ce vilain moine, usant de ces propres mots, et que son père avoit faict souvent pleurer ma mère. Croyez que ceste honneste dame prophétisa bien ce coup ; car il fut aussy ingrat en mon endroict que son cousin le dict M. le viscomte, que ceste fois m'alla payer de ceste sorte pour n'avoir obligation qu'au sieur de Marouatte,
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nullement certes comparable à moy en obligation ny en valeur et mérite (pour n'avoir esté jamais autre qu'un amasseur de deniers), et que j'ay veu parmy les bonnes compaignies qu'on nommoit que Petit-Brodequin *, nom à lui donné par MM. de Coustures et La Boue- Saunier, bien contraire à mon nom tant bien cognu et estimé parmy la France et ces grands* et autres pays estrangers (pour avoir tant battu de terres et mers) que 1 on faisoit beaucoup de cas de moy.
Et pour parler de ceste grande susdicte obligation de Marouatte, ne faut doubter que si j'eusse voulu m'opposer à ladicte résignation, pour, après estre faicte, en demander la moictié de ladicte evesché, je l'eusse pu faire aisément. Et en estois sur mes pieds pour en avoir la jouissance, selon l'ordonnance de nostre grand et bon roy d'aujourd'huy et de son conseil, par la mort du titulaire, qui ne déroge rien au droict du gentilhomme qui a sa part, comme paroist par mon brevet du roy Henry III, et comme Sadicte Majesté me donne la moictié de ladicte evesché, et à mon frère l'autre. Et si l'on vouloit alléguer la transaction faicte entre moy et l'evesque, c'est une chanson ; car, qu'on la lise bien ! elle ne fait rien contre mon droict ny que j'en quitte ma moictié. Bien est vray que par parolles je
1. Sobriquet causé sans doute par des chaussures plus modestes que la botte du cavalier. A moins que ce ne fût, comme les noms de Brodard et Brodin, un dérivé de brode : négligence, paresse (1. d'oc).