‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 4 sur 372 · Et elle lui faisait · texte numérisé non relu

Et elle lui faisait

5 . C'est pour la seconde fois. L'histoire est déjà contée dans les Sermtns et juremens espaignols, où elle est encore moins à sa place qu'ici.

Opuscules. ii

Comme j'ay dict, elle estoit des plus belles qu'on eust sçeu veoir, et des plus aimables de la cour. Par cas, un père cordellier qui preschoit ordinairement debvant la reine, en devint tellement amoureux, qu'il en estoit perdu en toute contenance ; et quelquesfois en ses sermons se perdoit quand il se nrettoit sur les beautés des sainctes vierges du temps passé, jettant tousjours quelque mot couvert sur la beauté de ma dicte tante, sans oublier ses doux regards qu'il fischoit sur elle. Et quelquesfois en la chambre de la reine prenoit un grand plaisir de l'arraisonner, non de mots d'amour pourtant, car il y fust allé du fouet, mais d'autres mots umbragés tendans à cela.

Ma tante n'approuvoit nullement ses discours et en tint quelques propos à la gouvernante d'elle et de ses compaignes. La reine le sceut, qui ne le put croire à cause de l'habit et saincteté de l'homme; et pour ce cbjup dissimula jusqu'à un vendredy sainct qu'iPprescha la Passion à l'accou#umée debvant la reyne ; et d'autant que les dames et filles estoient placées et assises debvant le beau père, comme est l'ordinaire, et qu'elles se representoient à

{)lein debvant lui, et par conséquent ma tante, e beau père, pour l'introït et thème de son sermon, il commança à dire : « Pour vous, belle nature humaine, et c'est pour vous pour qui aujourd'huy j'endure, dit à un tel jour Nostre-Seigneur Jesus-Christ. » Et, enfillant son sermon, il fait rapporter toutes les douleurs, maux et passions que Jesus-Christ endura à sa mort pour nature humaine et à la

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croix, à ceux et celles qu'il enduroit pour celle de ma tante; mais c'estoit avecques des mots si couverts et parolles si umbragées, que les plus sublimes* y eussent perdu leurs sens. Quelle méditation pourtant! La reine Anne, qui estoit très-hàbille, et d'esprit et de jugement, mordit là-dessus : et ayant consulté les vraies parolles de ce sermon", tant avecques aucuns seigneurs et dames que savantes gens qui y assistoient, trouvèrent que le sermon estoit très escandalleux, et le père cordellier très-punissable, ainsy qu'il fust en secret trèsbien chastié et fouetté, et puis chassé sans faire escandalle. Voylà la recompense des amours de ce monsieur le cordeljier, et ma tante bien vangée de luy ; car, de ce temps il ne falloit pas, sur peine, desdire ny refuser la parolle à telles gens, que l'on croyoit qu'ils ne parloient que de Dieu et dusallut de l'ame. Après madicte tante Louyse, vint en sa place sa sœur et ma tante, Anne de Bourdeille, laquelle estoit fillioès de la reine Anne. Et de ce temps, les grands seigneurs, et mesmes mon grand-pere, estoient fort curieux que' les grands rois ou princes, ou reines et princesses, tinssent leurs enfanssur les fonds; ce qu'ils n'oflfroient à toutes maisons, si-non aux grandes. Geste Anne de Bourdeille fut mariée après à la cour avecques M. le baron de Maumont, l'une des grandes maisons de Limosin. Elle ne fut si belle que sa sœur, qui

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