‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 5 sur 372 · Avaient grand soin que · texte numérisé non relu

Avaient grand soin que

Opuscules. i;

l'estoit en perfection, mais elle l'en approchoit fort si-non en taille, car elle estoit fort petite, et Louyse l'avoit grande et belle comme son frère M. de Bourdeille.

J'ay faict ceste disgression, mon nepveu ; car il faut aue vous sçachiez des nouvelles aussy bien des uns que des autres qui vous sont si proches.

Pour retourner à vostre grand-pere, estant sorty hors de page il demeura quelque temps à la cour ; et puis ses père et mère qui estoient vieux, envoyèrent le quérir pour le veoir et les resiouyr, car ils en avoient ouy dire beaucoup de bien (ainsy qu'est la plus grande joie aux pères et mères ouand ils voient leurs enfans vertueux). Et, de faict, vostre grand-pere fut trouvé tel et si fort, qu'ils ne le voyoient pas à demy. Et estoit leur enfant bien chery : de sorte que le père le tenoit si fort subject près de luy qu'il ne le vouloit eschapper ny donner congé pour tourner à la cour, ny aller à aucun voyage de guerre, craignant de le perdre par son courage trop hasardeux.

Enfin, ceste subjection et ceste délicatesse fascha fort vostre grand-pere : et entendant que les François faisoient tant de belles choses au royaume de Naples, où la guerre pour lors estoit, ayant emprunté, qui de çà, qui de là, de ses amis, quelques deux cens escus, feignant un bon matin aller à la chasse et ayant pris deux des meilleurs et bons travailleurs courtauts* qu'il eust, sans faire bruict partit

I. Les cottrtauts étaient des chevaux de service, non de bataille ; ils remplissaient Toffice de nos poneys.

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avecques son vallet de chambre seulement et un lacquais. Et avecques tous ses chiens et lévriers s'en alla jusqu'à une demy lieue dans sa terre, tousjours chassant : et, estant venu à un village, il fait entrer tous ses chiens dans une grange, et les bien renfermer leans, et donner bien à manger. Et commande au maistre de la maison et de la grange que, sur la vie, il ne leur ouvre en façon du monde, jusqu'à ce qu'il soit de retour, qui pourroit estre sur le soir; ou, si de cas il ne revenoit, qu'il ne faillist de leur ouvrir sur le soir, et qu'il les laissât aller seulement, car ils s'en retourneroient à Bourdeille. Ce que le paysan ne faillit^ Cependant mon père gaigne chemin et fait douze grandes lieues d'une traicte, tirant vers Lyon.

Son père le soir, voyant son fils n'estre tourné, s'en estonne, croyant qu'il se fust trop amusé à la chasse. Mais, le lendemain au matin, quand on luy vint rapporter que tous ses chiens et lévriers estoient à la porte du chasteau, il fut en peine et allarme, etdespecha aussy tost gens par-tout pour sçavoir ce qu'il estoit devenu, qui luy rapportèrent au vray l'histoire qu'ils avoient apprise du paysan qu'ils luy amenèrent, qui confirma le tout. Soudain il songea qu'il s'en estoit allé à l'advanture veoir le monde, et aussy tost il envoya vers Lyon et vers la cour pour en sçavoir des nouvelles, se doubtant qu'il prenoit l'un de ces deux chemins.

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