I . Ne manqua pas de faire
Opuscules. 15
Cependant son fils gaigne pays, et ne demeura que six jours despuis Bourdeiile jus* qu'à Lyon, où Thomme de son père le trouva, qui iuy dit la peine en laquelle le père et la mère estoient pour Iuy. Et luv voulant persuader qu'il tournast, il Iuy ait seulement : « Recommandez- moy à mon père et à ma mère, et dites-luy que je fais ce qu'il a faict d'autresfois, et que je m'en vais veoir le monde, et chercher guerre au royaume de Naples. Il ne me verra jamais que je ne soye plus honneste homme que ne suis, ny ne serois, si je voulois le croire, et me faire tenir cher dans une boête pleine de cotton comme un relique ^ » Il envoya aussy ses recommandations à sa mère et ses frères et sœurs, et ainsy s'en alla vers Naples : où estant venu, il fut très-bien receu de tous les grands seigneurs et capitaines françois qui y estoient, et principallement deLouys, comte d'Armaignac, son parent, de messieurs de La Palisse, de Louys d'Ars, de M. de Bayard et plusieurs autres.
Il n'eut pas faict long séjour en ces pays et guerres, qu'il s'y fit fort recognoistre pour estre très-brave et vaillant, et sur-tout pour emporter la réputation d'estre le meilleur et le plus rude homme d'armes de tous les François; car il estoit un très-bon homme de cheval, et n'y avoit cheval, tant rude fust-il, et
I . Il ne me verra point que je ne sois arrivé à être ua homme mieux posé que je le suis, et que je le serais si je récoutais au point de me laisser conserver avec autant de soin qu'une relique dans une botte de coton.
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aliast tant haut et incommodement qu'il pust, qui luy fist jamais perdre i'estrieu *. Et, de ce temps là, les chevaux n'estoient dressés, ny alloient à temps', comme despuis. Et ay ouy dire à un vieux gentilhomme de nostre maison cj^ue sur tel cheval rude qu'il fust, ne refusa jamais à monter dessus, ny que luy fit perdre les estrieux sur lesquels il mettoit ordinairement des doubles ducats. Et gageoit, qu'en cas qu'il desemparast l'estrieu et qu'ils tombassent en terre, il les perdoit par gageure faicte; et s'ils ne tomboient ils estoient pour luy. Et disoit ce gentilhomme qu'en sa vie il luy avoit veu faire plus de deux cens gageures toutes pareilles, et jamais ne les perdoit.
Outre qu'il estoit ainsy fort adroict et bon homme de cheval, il estoit grand, de belle haute taille, fort puissant et nerveux; ce qui le rendoit encor plus furieux et rude homme de cheval.
Or, il demeura au royaume de Naples en tout environ quatorze à quinze mois, jusqu'à ce que les François en lurent chassés par le fi[rand capitan', qui obtint sur eux plusieurs belles victoires, et mesme à la rencontre du Garillan, là où mon père fit très-bien, et y fut blessé, sans que l'Histoire de Belle-Forest* en
1 . Il n*y avait point un cheval capable de lui faire perdre rétrier, si rude, incommode, si prompt à s'enlever qu'il fût.
2. Aller à temps voulait dire, pour un cheval : obéir aux impukions raisonnées du cavalier. Temps se dit encore avec ce sens dans les manèges.
). Gonzalve de Cordoue, surnommé le grand capitaine^ depuis la conquête de Grenade.