SCÈNE XV
effusion. ) Où trouvaras-tu le^ avantages que tu dédaignes, et qui naissent ici sous tes pas? Entres -tu dans un cercle? tu fixestous les regards; tu lis dans tous les yeux l'impression délicieuse que tu fais épron* ver; tu es lobjet de tous Jes soins, de tous les hom-* mages; on prévient tes désirs, et on s'estime heureux de Toir sourire cette bouche-là , pour prix du léger service qu'on t'a rendu. Tu règnes à Paris , et tu ne seras pas même remarquée dans ton désert. A quoi sert-il f être jolie, si personne ne s'en aperçoit, si on ne se l'entend jamais dire ?
ADELE.
Vous revenez à mon amour- propre, mon oncle. Je n'en ai plus ; je n^en veux plus avoir.
HONTBRUN.
Dites que vous le sacrifiez au sot plaisir de vous singulariser, à l'insupportable vanité qui vous domine. Elle vous fidt oublier vos charmes , votre esprit , et vos qualités aimables; elle vous rend insensible à la satisfaction avec laquelle le monde apprendrait que vous lui êtes rendue, à l'empressement qu'il mettrait à aller au-devant de vous. Vous m'abandonnez au déclin de l'âge; vous me condamnez à vieillir, à mourir, priw des appuis que me destinait la nature, et, pour dernier malheur, vous voulez me forcer à vous hair. Adèle, ma chère enfant, reviens à la raison; reviens à ton vieil oncle, qui te porte dans son cœur, qui ne peut vivre sans toi , et dont tu vas abréger la carrière.
Cen est trop. Il m'est impossible de résister plus
long-temps à tant de bonté. Rassureas^vous, mon à» oncle, et pardonnez-moi d'avoir voulu me venger tin peu de vos espiègleries. Non, je ne pars point pour les Pyrénées ; non , je ne passe pas les nuits à lire Senèque; non, je n ai pas le goût de la retraite..^.
MOIfTBEUlf.
Et qui te force à la contrainte que tu t*es imposée?
ADÈLE
Un sentiment .profond, irrésistible, qui pourrait faire le charme de ma vie.
MONT BRUN, sécriant.
Tu aimes, Adèle! Ah, nomme-moi celui qui t'a sa plaire. Quel qu il soit, j'assurerai ton bonheur. Fautil des démarches? je les ferai. De l'or? je le prodiguerai, et au moins la moitié de mes vceux sera remplie.
ADELE, avec timidité. '
Ils peuvent l'être tout-à-fait, mon oncle.
MONTBRUN, s'écriant.
C'est Lussan que tu aimes !
ADÈLE
Plus que je ne peux lè dire, mon oncle, plus que je n'ose me l'avouer à moi-même, et en embrassant son système, je n'ai eu d'autre but que de lui prou* ver, que je peux tout lui sacrifier, excepté mon amour.
MONTBRUN, soupirant. •
Ma chère enfant, que je te plains!
ADKLE, gainient.
Et pourquoi^ mon oncle?