SCENE I. /|4r
toutes à la tendresse, n éprouvent que le besoin d*aimer?
EMILIE
Point d'application , s'il vous plait ; vous savez que je ne les aime pas.
OURVA.U
Il faut cependant vous décider à vous entendre dire vos vérités, ou devenir raisonnable.
Encore!
DUaVAL.
Oui, à devenir raisonnable.
£HILI£.
Je vous assure, en dépit de votre petit ton piquant , que jamais je n'ai eu tant de raison qu'en ce momeiit.
DURVAL.
Vous ne prétendez pas sans doute , en oe moment , faire Téloge de la raison des femmes ? {^Éniiliefait wi mouvement. ) Ne vous emportez pas , et raisonnons , puisque vous êtes raisonnable.
EMILIE
Soit : raisonnons.
DUR VAL
La conséquence la plus naturelle de la raison est une conduite raisonnée. Voulez* vous bien me faire sentir la force du raisonnement sublime et profond qui vous détermine à refuser ma main?
EMILIE
C'est donc pour en venir tout bonnement à cette
/,>i6 LE DIVORCE.
i|uestîon qiie vous vous bataillez depuis un (jnart- (IMieure? Eh, mon cher ami, que ne vous expliqmezvous? je vous aurais d'abord mis à votre aise. Jefon aime, beaucoup trop sans doute; mais enfin jetws aime.
DUR VAL
C'est quelque chose : après.
EMILIE
Et je ne serai jamais à vous , parce que les honmies sont vains, exigeans, volages, sans délicatesse, sans considération , sans ménagemens pour une fieniDe honnête et sensible ; toujours cruels dans leur conduite, souvent sans décence dans leurs procédés; enfin....
DURVAL.
Oh , vous ne tarissez pas. Supposons la justesse du principe, ce qui heureusement n'est pas démontré, vous conviendrez au moins qu'il est des exceptions....
EMILIE
Et que s'il n'en existait pas, il faudrait en fiiire une en votre faveur ?
DURVAL.
Je crois en vérité que vous me devez cela.
EMILIE
Je crois quun patriote ardent, serrant la chose publique par goût, honoré de la confiance de ses concitoyens, et la justifiant par son zèle et son intelligence ; je crois , dis-je , que, sous ces rapports, je dois à Durval ma plus sincère estime ; mais je crois aussi que tous les amans, tendant au même but, doivent