ACTE II, SCENE IL
MADAME, VERVAL
Je crois que vous m'avez laissé peu de chose à deviner à cet égard.
DERCOURT.
Et vous faites grâce à ma témérité?
MADAME VERVAL
Monsieur Dercourt, vous m'embarrassez. Moins
jeane, vos procédés seraient désobligeants Il me *
semblait que vous aviez quelque chose de positif à me conGer.
Ah ! madame , tout homme qui vous connaît a sans doute un aveu à vous faire.
MADAME VERVAL, sonnant.
Il en est qui , pour me servir de votre expression , seraient en effet téméraires, et dont la témérité me déplairait infiniment.
DERCOURT.
Je suis le mortel le plus heureux, si je ne suis pas compris dans la proscription que vous venez de prononcer.
MADAME VKRVAL.
I^s saillies piquantes d'une jolie femme tombent toujours sur les absents : c'est convenu.
DERCOURT.
Hé bien ! madame , je ccde aux transports que vous m'inspirez. En vous avouant que je vous adore , je ne fais que répéter ce que Rose vous a déjà dit de ma part. Puisse l'hommage de mes sentiments être payé du retour que vous m'accorderez , si vous réservez le
prix à celui qui sait le mieux vous connaître et vous aimer !
MADAME VER VAL, avec tendresse.
Si je n'étais disposée à vous écouter favorablement, j'aurais déjà déployé cette fierté qui nous défait d'un importun, ou qui le réduit au silence.
DERCOTJRT.
Achevez, madame; vous comblez tous mes vœux.
MADAME VER VAL, avec bonté.
Monsieur , on peut aimer sans le vouloir , on peut se vaincre quand on s'est trompé dans son choix; mais, à coup sûr, on n'épouse jamais un homme qu'on ne connaît pas. Mettez la raison de mon côté, et vous n'aurez pas à vous plaindre.
DERCOURT.
Madame vous m'embarrassez à mon tour. J'ai des confidences pénibles à vous faire, et cela me coûte infiniment.
MADAME VERVAL, après Tavoir fixé.
Parlez, monsieur.
DERCOURT.
Accablé de la distance qu'une prodigieuse différence de fortune établit entre nous, j'ai voulu
MADAME VERVAL
I^ cacher sous des apparences qui pussent m'en imposer?
DERCOURT.
Je vous avoue de la meilleure foi du monde que je n'ai rien , absolument rien.