‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 173 sur 340 · ACTE I, SCENE L aog · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE L aog

commence à lui soupçonner des desseins sérieus: sur mademoiselle Julie , cette orpheline dont je t'ai déjà parlé.

PICARD

Des desseins, à la bonne heure; mais des desseins sérieux! ah! ah! ah! ah!

LOUISON

Oui , sérieux , et très-sérieux. Le oomte de Valbourg respecte trop son amie, pour en avoir d'au^ très sur une fille dont elle prend soin depuis quatorze ans, dont, à la vérité, on ignore la naissance; mais à qui sa beauté, ses talens et ses bonnes qualités tiennent lieu de bien des avantages.

PICARD

A ce que je puis voir , les profits sont rares danft cette maison.

LOUISON

Rares ! non ; mais ils sont proportionnés aux $&r* vices , et comme personne n'en exige ici du genre de ceux que les grands seigneurs n'oublient jamais , et qu'ils paient au poids de l'or, on doit s'y interdire toute idée de fortune rapide et brillante*

PICARD

Ah! voilà les petits esprits. Les moindres obstacles les effraient , et ils tombent dans le découragement.

LOUISON

Je te dispense de fafre lés honneurs de mes facultés intellectuelles. Quelques avantages que te donne sur moi ton imagination vive et scintillante, souviens-toi JX. i4

aïo L'ORPHELINE.

que je dois te guider en tout : c'est le premier article de notre traité.

PICARD

Et il tiendra , ma Louison , j'en atteste l'amour. Termine tes portraits par celui du jeune comte d'Elmont. Quel homme est-ce?

LOUISON

Un jeune homme charmant , qui vient de finir ses exercices.

PICARD

Et la petite Julie! hem? pas de droit du seigneur?

LOUISON

Il chérit sa mère , et regarde sa protégée comme une sœur adoptive , qu'il aime de tout son cœur. Voilà tout.

PICARD

Je vais donc habiter avec des êtres parfaits , et il faudra devenir hypocrite.

LOUISON

Hypocrite ! non ; mais imiter les modèles que tu auras sous leg yeux, et surtout oublier, s'il est possible , que tu as servi le marquis de Verville.

PICARDl

Mais à propos du marquis de Verville ,' il est l'intime ami de mon nouveau maître. Comment madame la comtesse s'accommode-t-élle de cette intimité?

LO'UISON.

L'amitié du jeune comte pour le marquis est le seul défaut qu'on lui connaisse , et on espère qu'il en sentira les dangers.

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