‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 202 sur 340 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

VERVILLE, D'ELMONT.

A travers cette innocence prétendue , remarques-tu combien elle est piquante ? Tu as la manie de la croire une enfant, et moi , je la soupçonne,...

d'elmont.

Je ne sais qu'en penser. Je me perds dans mes conjectures. Il est des instans où je crois tout, parce que je crains tout. Si j'interroge mon amour, je frémis. Si je consulte ma raison, je ne peux la croire coupable.

VERVILLE

Dis donc au contraire que ta raison la condamne , et que ton fol amour l'excuse. Insensé! Peut-on porter l'aveuglement jusqu'à démentir le témoignage de ses yeux et de ses oreilles ! Tu viens de les entendre se prodiguer les expressions les plus tendres ; tu les as vus se permettre les caresses les moins équivoques , et tu doutes de ton malbeur ! Que dis-je ? c'est ce qui pouvait t'arriver de plus heureux. Abandonne -la à son amour ridicule. Sois homme , et oublie-la.

d'elmont.

£h 9 le puis-je , cruel ami ? Ne vois-tu pas qu'en me retraçant ses torts , tu enfonces dans mon cœur le trait qui le déchirait déjà. C'est à Yalbourg qu'on me sacrifie! «J'approuve votre discrétion envers madame

aSa L'ORPHEUNE.

a d'Elmont et son fils » , vient de dire le séducteur. Ma mère ne sait donc rien , et nous sommes tous également joués par cet homme Ma fiireur est au

comblé.... Ah! Julie, Julie, tu renonces à ta propre

estime! Malheureuse! c'était le seul bien que la

Providence t'eût laissé , et tu t'en dépouilles sans pudeur.

Il ne sufBt pas de s'emporter , de se plaindre : il faut prendre un parti.

d'elmont.

Il est pris. Je vais trouver ma mère ; je lui dévoilerai des attentats

VERVILLE

Qu'elle ne voudra pas croire. Quelle force aura le témoignage d'un jeune homme de dix-huit ans , combattu par quelqu'un qui depuis quatorze ans jouit d'une confiance sans bornes? Crois-moi, plus ta mère est vraie , moins elle ajoutera de foi à tes paroles.

d'elmont.

Je sens cela. Mais ce mariage dont ils pariaient....

VERVILLE

Appât grossier que saisit une fille ambitieuse qui brûle de sortir de son obscurité.

d'elmont.

Mais le moyen que tu m'as proposé est odieux. Ma mère, ma bonne mère.... avec quelle indulgence elle me traitait il n'y a qu'un moment.

VBRVÏLLE.

Ta jeunesse te servira d'excuse.

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