‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 229 sur 340 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

La comtesse, D'ELMONT.

Li. COlITESSe.

Cet homme est ineurable, oubiions-le à jamais. £h bien, moQ fils, vous l'entendez déjà ce premier cri d'une ame coupable. Un regard de votre mère vous anéantit. Que serait «ce donc si, n'écoutant qu'une juste sévérité , je me livrais à tout le ressentiment qui pourrait m'animer ? Que ie vice est bas ! qu'il est méprisable! Il vous dégrade à vos propres yeux; il vous ôte le courage d'implorer votre pardon, et de le mériter.

d'elmont.

Il ne m'ôtera pas du moins la force de tomber à vos pieds, et d'y attendre mon arrêt.

LA COMTESSE

Voilà oii t'a conduit ta fatale amitié. L'enfant le plus tendre et le plus chéri ne voit plus dans sa mère qu'un juge menaçs|nt. 11 est à ses genoux , quand il devrait êtr^ dans ses bras. Il n'a plus même de con* fiance dans cet amour qui ne s'est jamais démenti. Malheureux! ton aveuglement irait-il jusqu'à te faire douter démon cœur? Rentre en toi-même , redeviens mon fils , et tu retrouveras ta mère. Je ne suis ici que pour te faire sentir ta faute, et te la pardouner.

d'elmont.

Pourrai-je me la pardonner moi-même?... Ah! ma

a86 ' ' L'OHPHELINE.

mère, je ne suis pas armé contre tant de bontés

Vous m'accablez sous le poids de mon crime. Votre in(Julgence ajoute à mes remords.

LA COMTESSE

Écoute-les , mon fils. C'est par eux qu'un cœur coupable se rouvre à la vertu; mais garde -toi d'y succomber.. Le découragement énerve l'ame, et lui ote cette énergie qui peut lui rendre sa pureté. Il est cruel de faillir; mais il est beau de réparer une faute. Lèvetoi, mon ami;, mes bras te sont ouverts.'

d'elmowt.

Suis-je digne. .d'y cacher ma honte?

. ,., , ItA COMTESSEj •

Oui , si tu 'veu?L refïacer.

D ' E L M G N T , Fembrassant.

Ah! madame, quel excès de tendresse!... Comment la reconnaître?

LA COMTESSE

En me regardant comme ta meilleure amie. Tu me l0 dois ce titre précieux, dgnt je .suis si digne, et que Verville a profané. Méchant enfant! que ne parlais-tu ce matin? que ne m'ouvrais^ta ton/;ceur? Tu ne m'au-* rais pas coûté de larmes! tu n'en aurais pas arraché à Julie. ' . . j .

D'ELMOiUÏT; .

 Julie!... Dieux.!.... Elle coniiaîtrait un. attentat...

LA COMTESSE

Dont elle était loin de te croire capable, et que Picard t'a empêché de consommer. J'en ai rougi dans l'instant, je rougis encore de l'aveu que j'en fois; niais

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