‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 3 sur 340 · SCENE I. II · texte numérisé non relu

SCENE I. II

Qui croit à la vertu, bien moins qu'à ses verroux!

Sous ce déguisement , qu'inventa ma tendresse , ,

J'ai de son vieux mari pris toute la rudesse.

Ce matin , sur ses pas , entré dans ce séjour ,

Je fais, pour le gagner, le procès à l'amour;

Je condamne le luxe et les dépenses vaines;

Je déteste avec lui les vandtés mondaines ,

Et mon homme, soudain, m'ofFrant son amitié,

Veut me rendre gardien de sa chère moitié.

Je refuse... il insiste... autre refus... il presse.

Et malgré moi m'entraîne aux pieds de ma maîtresse.

Ainsi plus d'un jaloux, pour fuir un certain mal,

Par excès de prudence a servi son rival.

FROWTIN.

Il n'en faut pas douter, oui, c'est l'amour lui-même

Qui nous a suggéré cet adroit stratagème.

Enfin lé petit dieu couronne vos désirs.

Je vois s'ouvrir pour vous la route des plaisirs.

VALÈRE

Nicandre m'introduit auprès de son épouse. Il me disait tout bas , en sa fureur jalouse : « Voilà celle qui doit recevoir vos leçons ; « Vous seule loin de moi bannirez les soupçons. « Je vous laisse en ces lieux. » La triste Roséide , En frémissant, sur moi porte un regard timide... Tous mes sens sont émus, je vole dans ses bras. «Quoi! tu sers mon époux, et tu ne me hais pas, «Dit-elle?» Ses accens... son air... Qu'elle était belle ! Ses yeux versaient des pleurs... je pleurais avec elle.

1% IL FAUT CROffiE A SA FEMME.

Je ne sais quel transport près d'elle m'agitait; Je voulais m'expliquer, le respect m'arrêtait... Je sors enfin, honteux de n'avoir, à mon âge, De cet heureux moment tiré nul avantage»

FROKTIN.

Quoi ! vous êtes vaincu par la timidité ! Allons, ferme, morbleu: de l'intrépidité.

C'est avec un benêt qu'une femme çst cruelle. Et qui sait tout oser, obtient tout de sa belle. Vous avez cent rai^ns pour être audacieux. Primo, monsieur, votre oncle arrive dans ces lieux, Et le fâcheux pourrait , d'après mes conjectures , Nous envoyer ailleurs chercher des aventures. C'est le meilleur ami de notre vieux jaloux.

VA LE RE

Et sa vive amitié ne peut rien contre nous. Très-difBcilement on approche madame , Et l'ami du mari ne l'est pas de la femme. Dans son appartement je vais me cantonner. Sous ces habits, d'ailleurs, peût-il me deviner? Après avoir trompé le soupçonneux Nicandre, A me voir démasquer je ne dois pas m'attendre. J'entends du bruit... on vient. Eloigne-toi, Frontm.

FRONTIN

Oui, je vais me cacher au cabaret voisin.

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