‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 9 sur 340 · SCÈNE V. ai · texte numérisé non relu

SCÈNE V. ai

Avec toi se ranime et s'ouvre à la tendre^àe. Un sentiment plus doux succède à mes douleurs. Tu souffres , m'as-tu dit ? Nous mêlerons nos pleurs , Et libres toutes deux au sein de l'esclavage , Nous coulerons enfin des jours exempts d'orage.

Et j'étais destinée à vous persécuter ! Entre Nicandre et vous je pourrais hésiter! Non , croyez les sermens de ma bouche timide : Je jure entre vos mains, charmante Roséide, D'honorer, de servir, d'adorer la beauté; De n'employer jamais ma faibh^ autorité Qu'à conduire au bonheur une femme chérie ; Qu'à repousser les traits qu'en vain la barbarie A mis entre les mains d'un inflexible époux. Celle que vous aimez saura veiller sur vous. D'un tyran trop cruel j'arrêterai la rage ; Votre repos enfin deviendra mon ouvrage. Lui-même, rougissant d'outrager tant d'appas....

ROSEIDE.

Ah, plaignons mon époux, et ne l'insultons pas. Peut-être je devrais n'écouter que la haine ; Il semble le vouloir ; mais la vertu m'enchaîne. J'ai pu former ces nœuds , il faut les révérer. Nicandre est mon époux , je n'ai plus qu'à pleurer. Et trop heureuse encore en ma retraite obscure , Quand je suis morte au monde et même à la nature , De lire dans ton sein et de t'ouvrir le mien. Tu pleureras mon sort , je gémirai du tien.

a 2 IL FAUT CROIRE A SA FEMME.

(Avec le pliu tendre iittérét.)

Tu m'apprendras enfin pourquoi ton cœnr murmure. A mes yeux attendris découvre sa blessure.... Tu parais hésiter?

VA Le RE, à part.

Que lui dirai-je? Ah! dieux.!

Un seul mot va me perdre ou bien me rendre heureux^ Feignons.

ROSJÉIDE.

Vous VOUS troublez , vous gardez le silence^ Vous voulez me tromper.

VALÈRE

Ah ! (îe discours m'offense.

Eh bien ! connaissez donc l'amour et ses fureurs. Eh ! quel autre que lui causerait mes malheurs ? C'est lui qui m'égara ; qui me tourmente encore. Il troubla ma jeunesse à peine à son aurore , Et ce dieu que mes mau?^ ne peuvent désarmer, I^s étend sur l'objet....

ROSEIDE.

Ah! qu'il est doux d'aimer!

L'amour, je le sens trop , est un besoin de l'ame, Et je 3uis condamnée à combattre sa flamme.... Eh bien ?

VALÈRE

Abandonnée à mon triste penchant , Jusque dans son pays je suivis mon amant. D'un sexe différent les habits ordinaires Servirent à cacher mes projets téméraires. Je servis mon amant.... Oui, l'amour m'exauça.

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