Scène première
Le Satyre(2).
D'où me vient, hors de temps, cette bouillante rage ? Quelle nouvelle ardeur s'allume en mon courage ? Je ne fais jour et nuit, ny veillant, ny dormant, Que souspirer le mal que je souflfre en aymant, Depuis que les attraits de la belle Ydalie Ont fait naistre en mon cœur cette douce folie!
1 . Ce chœur de jeunes bergers n'est ni sans grâce, ni sans quelque couleur.
2. Voici le Satyre obligé, conception malheureuse des pastorales italiennes, et qui n'est guère moins Satyre que les autres, sans offrir le dédommagement de l'admirable monologue :
Picciola è l'ape e fa col picciol morse Pur gravi e pur moleste te ferite.
42 Les Bergeries.
Pourauoy, mon vain esprit, viens-tu m'entretenir
D'un bien où mes travaux ne sçauroient parvenir ?
0 Dieu ! qui sous tes loix tiens mon ame asservie ,
Donne-m'en le mérite, ou m'en oste l'envie!
Elle n'a point d'égard à l'excez de ma foy :
Si-tost qu'elle me void elle s'enfuit de moy
Pour aymer un mignon, de qui le beau visage,
Empruntant de l'Amour le pouvoir et l'image,
A de plus doux appas et plus selon ses vœux
Que ces membres pelus, robustes et nerveux.
Plus je luy fay de bien, plus elle m'est cruelle.
Je ne cueille des fleurs ny des fruits que pour elle;
Lors que de son logis elle sort au matin.
Je pave son chemin de lavande et de tin.
Sous l'habit d'un berger souvent je me déguise.
J'arrache mes sourcils, je me farde et me frise;
Mais tout ce que je fais ne me profite rien.
Peut-estre son désir s'accorderoit au mien
Si , dessous les efforts de ma flame insensée,
Sa pudeur pouvoit dire avoir esté forcée.
Je sçay que le matin elle ne manque pas
De prendre dans les eaux conseil de ses appas,
Afin qu'un élément aussi perfide qu'elle
Lui monstre à me dresser quelque embusche nouvelle.
Dans ce buisson espais , loin du monde et du jour.
Je m'en vay me cacher pour la prendre au retour.