I. Jam fragiles poteram à terra contingere ramos. (Ed
Si che appena Giunger potea con la man pargolena A corre i frutli da i piegati rami.
{Aminta, acte i, se. a.)
Je suis porté à croire que Racan s'est souvenu ici du texte de l'Aminte plutôt que d'une traduction de la 8e églogue.
44 Les Bergeries
Et, combien que desja l'amoureuse manie
M'augmentast le plaisir d'estre en sa compagnie.
Je goustois néanmoins avec moins de douceur
Ces noms respectueux de parente et de sœur.
Combien de fois alors ay-je dit en moy-mesme,
Ayant les yeux baissez et le visage blesme :
« Beau chef-d'œuvre des Cieux , agréable pasteur,
Qui du mal que je sens estes le seul autlieur,
Avec moins de respect soyez-moy favorable;
Ne soyez point mon frère, ou soyez moins aimable!
Mais quoy.! cet aveuglé ne me regarde pas,
Et quelquefois, songeant aux aimables appas
Dont une autre bergère a son ame blessée,
Me force d'escouter son amour insensée.
A l'heure mes douleurs perdent tout reconfort,
Comme si j'entendois ma sentence de mort.
Si la civilité m'oblige à luy respondre,
Je sens au premier mot mon discours se confondre;
Je ne sçay que luy dire, et mon esprit troublé
Tesmoigne assez l'ennuy dont il est accablé.
Après cet entretien, si la nuict nous sépare,
J'appréhende le mal que le lict me prépare,
Alors que mes pensers, de mon aise envieux ,
DefFenaent au sommeil d'approcher de mes yeux.
Il est vray qu'au matin aucune fois les songes
Me déçoivent les sens par de si doux mensonges.
Qu'encore que je deusse éviter ses attraits.
Je ne puis m'empescher d'y repenser après.
Ce qui me désespère en ma persévérance
Est que l'heur où j'aspire est sans nulle apparence.
Cet aimable berger est pris en des liens
Qu'il ne quittera pas pour s'enchaisner aux miens :
La bergère Artenice a captivé son ame;
Le Ciel mesme bénit leur amoureuse flame.
Et comme à la plus belle a choisi justement
Le plus beau des bergers pour estre son amant.
Moy, je suis cependant réduite à me defFendre
Des importunitez du fascheux Tisimandre ,
DE M. DE Racan. 45
Qui tout le long du jour, malgré tous mes efforts,
Ne me quitte non plus que l'ombre fait le corps.
Je pense que voilà ce pauvre téméraire
Qui rumine tout seul sa folie ordinaire.
Il ne faut dire mot : s'il entendoit ma voix ,
Il me viendroit chercher jusqu'au fonds de ces bois.
Chanson de Tisimandre.
konc , après tant de maux soufferts,
11 faudra mourir dans les fers Où les yeux d'une ingrate ont mon ame asservie.
Je n'en puis eschapper.
On ne les peut coupper Qu'on ne couppe avec eux le filet de ma vie.
Mes cris sont partout eslancez ; Les pleurs que mes yeux ont versez Ont fait dans ces déserts de nouvelles rivières. J'invoque tous les dieux Des enfers et des cieux , Et pas un que la mort n'exauce mes prières.
A grands pas elle vient à moy ; Devant elle marche l'effroy ; L'Amour, triste et pensif, à ses pieds rend les armes, Et ce monstre inhumain Arrache de sa main Son flambeau pour l'esteindre en un fleuve de larmes.
Elle eust desja fait ses efforts Pour me délivrer de ce corps Où mon esprit captif souffre des maux sans nombre; Mais l'extrême tourment Me change tellement.
Qu'elle croit qu'à présent je ne sois plus qu'une ombre.
Dernier espoir des langoureux, Seul aziie des malheureux.
46 Les Bergeries
Inhumaine déesse, achevé ton ouvrage ;
Tu feras ton devoir,
Et moy je feray voir Qu'ayant beaucoup d'amour, j'ay beaucoup de courage.
Mon cœur est las de souspirer.
Mes yeux sont lassez de pleurer; Le ciel mesme est lassé de m'ouïr tousjours plaindre. Dénué de tout bien, Je n'espère plus rien, Et, n'espérant plus rien, je n'ay plus rien à craindre.
Mes ans ont achevé leur cours; Désormais je voy que les jours M'accordent à regret leur clarté coustumiere. O malheur sans pareil !
En servant un soleil, Je verray de ma vie esteindre la lumière !
Heureux si ma longue amitié L'esmouvoit alors à pitié.
Et qu'elle eust quelque part en ma douleur profonde ! Pour le moins, en ma mort, J'aurois ce réconfort Que je serois pleuré des plus beaux yeux du monde.
Ydalie.
0 Dieux ! il vient icy ; que luy pourray-je dire ?