SCENE IV
DamocUe, Lucidas.
Damoclée.
(^ J ue sert de me celer ce que je veux sçavoir ? ^'i^^Pensez-vous m'empescher ae faire mon devoir : Ceste pasle couleur qui vous monte au visage
;ialheur de ma fille est un mauvais présage.
• hors de propos de le taire à présent,
re discrétion l'accuse en l'excusant.
ez donc librement, n'usez plus d'artifice :
y qui taist le mal semble en estre complice.
Lucidas.
vous fait de si près un crime rechercher vous-mesme devriez à vous-mesme cacher ?
Damoclée.
ne se peut plus, ceste désespérée s'est pour ce malheur du monde retirée, ce grand changement en elle survenu , i de son déplaisir le suject trop co^nu ; :un sçait le péché dont ma fille est blasmée :
devoir seulement prévient la renommée.
Lucidas.
,e devoir vous oblige à chérir vostre enfant.
Damoc LÉE.
^and il est vicieux, l'honneur me le deffend.
Lucidas.
^oy ! la loy de l'honneur est -elle si cruelle ^'elle fasse oublier l'amitié paternelle ?
96 Les Bergeries
Damoclée.
Je fais ce que je dois; ce n'est point cruauté De punir nos enfans quand ils l'ont mérité. Si ma fille est coupable, il faut que dans la flame Elle purge son corps en expirant son ame. La loy de Luthessie, en faveur de nos dieux, Condamne l'impudique à la flame des cieux. Donc, pour estre pieux, soyez moins pitoyable, Et me dites le mal dont ma fille est coupable.
Luci DAS.
Je ne vous diray point ce que vous sçavez bien.
Damoclée.
Las! vous me dites tout en ne me disant rien; Jevoy bien ce que c'est, il faudra qu'elle meure; Je luy vois préparer sa dernière demeure.
Luci DAS.
0 justice éternelle! à quelle impieté A ceste passion mon esprit transporté ? Je me verray forcé de faire une injustice; Mais je ne suis pas seul, l'Amour est mon complice. Cette ingrate beauté qui m'a manqué de foy A contraint un dieu mesm.e à faillir comme moy. Innocente victime, aussi chaste que belle, Que ma jalouse rage a rendu criminelle , Pourray-je avoir le cœur de te voir aujourd'huy Souffrir le chastiment de la faute d'autruy ? En ces justes remords, mon Dieu , que puis-je faire .'' Dois-je dire ma faute, ou si je la dois taire ? Pour la justifier, il me faut accuser Du mal que meschamment j'ay voulu supposer. Lors que l'on a failly contre sa conscience, La honte de le dire est pire que l'offence. Il faut donc, persistant en ma meschanceté, Pour parestre équitable, accuser l'équité.
DE M. DE Racan. 97
Mais desja Chindonnax attend la criminelle : Il est temps de penser à tesmoigner contr'elle.