Scène IV
Tisimandre , Ydalie.
TiSIMANDRE.
A la fin ma rebelle a cogneu ma constance , A la fin mes travaux ont eu leur récompense, A la fin j'ai faict trefve avecque les malheurs : L'Amour dans son carquois me présente des fleurs ; A la fin ma déesse es* à mes yeux propice. Comme les autres dieux elle aime la justice , Et sçait recompenser le zèle des mortels De qui la pieté révère ses autels.
Allons , mon beau soleil , le devoir nous convie D'avoir l'advis de ceux dont vous tenez la vie.
Ydalie.
Cela sera facile, il n'en faut point douter ; L'honneur de vous avoir n'est point à rejetter.
Tisimandre.
Allons donc les chercher. Je crois que vostre pcre
120 Les Bergeries
Est allé voir la nopce au logis de son frere. Mais ne voyez vous pas quelques gens amassez , Qui desja vers le bourg se sont fort advancez ? Ne les seroit-ce point ?
Ils en ont l'apparence.
TiSIMANDRE.
D'où leur pourrait venir un si profond silence ? Ils n'ont ny violons , ni flûtes , ni haubois ; A peine seulement peut-on ouïr leurs voix, On n'oit point retentir de chansons d'hymenée. Qui les rend si pensifs à si bonne journée ? Ils s'avancent vers nous. Hastons-nous vistement , Nous sçaurons le sujet de leur estonnement.