‹ Œuvres complètes de Racan. Nouv. éd., rev. et annotéeChapitre 48 sur 95 · AU FLEUVE DU LOIR DÉBORDÉ · texte numérisé non relu

AU FLEUVE DU LOIR DÉBORDÉ

Ode.

Loir, que tes ondes fugitives Me sont agréables à voir, Lorsqu'en la prison de tes rives Tu les retiens en leur devoir.

Au lieu de voir sur tes rivages, Durant ces funestes ravages, Les peuples maudire tes eaux, Quand leurs familfes effrayées Cherchent de leurs maisons noyées Le débris parmy les roseaux !

Déjà, dans les terres prochaines, Ton courroux , enflé de Doùillons, Traînant les arbres dans les plaines, Arrache les bleds des seillons; Déjà les peuples des campagnes Cherchent leur salut aux montagnes; Les poissons logent aux forests, Quittant leurs cavernes profondes, Et la nasselle fend les ondes Où le soc fendoit les guerets.

Mais, pour voir des chasteaux superbes. Détruits par tes débordemens, A peine laisser dans les herbes Les marques de leurs fondemens; Pour voir les champs les plus fertiles

Odes. 167

Changez en marests inutiles, Cela ne m'offenseroit pas, Si ton impétueuse rage Ne s'opposoit point au voyage Où l'amour conduisoit mes pas.

Si quelque vain désir de gloire Te donne une jalouse ardeur D'imiter la Seine ou la Loire En leur admirable grandeur, Lorsque, lassé de ton audace, Changeant ta colère en bonace, Tu rentreras dans ton berceau , L'on t'appellera téméraire De voir qu'en ton cours ordinaire Tu n'es plus qu'un petit ruisseau.

O père ingrat à mes prières 1 Pourquoy m'es-tu si rigoureux?

Autrefois les dieux des rivières Comme moy furent amoureux.

L'œil de la belle Dejanire Fait qu'encore aujourd'huy soupire Et brusie dans son froid séjour Ce pauvre fleuve , triste et morne , Qui prédit avecque sa corne L'espérance de son amour.

L'on voit encore en la Sicile Celuy qu'un beau feu consumoit, A qui nen ne fut difficile Pour jouir de ce qu'il aimoit; Et peut-estre cette inhumaine Qui donne à mon cœur tant de peine BTesse le tien des mesmes traits, Quand ses yeux, où l'amour réside, Viennent dans ton cristal liquide Prendre conseil de leurs attraits.

i6% Odes.

C'est d'où vient la jalouse envie Qui s'oppose à mes volontez :

Pour jouir tout seul de Sylvie, Tu l'enfermes de tous costez.

Ces beaux astres de oui les fiâmes Captivent tant de belles âmes Sont captifs dans une maison , Et semble qu'en tes bras humides, A l'exemple des Aloïdes, Tu tiennes les dieux en prison.

Mais toutes mes plaintes sont vaines Le bruit de ses flots irritez ('), Qui vont grondant parmi les plaines, Garde mes cris d'estre écoutez.

II faut, sans plus longue demeure.

Ou que je passe, ou que je meure.

Puisque l'excez de mes douleurs Aucune trêve ne m'octroye, Autant vaut-il que je me noyé Dans ce fleuve que dans mes pleurs.

ODE

En l'excessive ardeur de ma persévérance. D'une belle espérance L'amour essaye en vain de consoler mes pleurs; Mais ne sçait-on pas bien qu'il a cette coutume

De sucrer l'amertume, Et que tous ses filets sont tendus sous des fleurs ?

I . On lit dans l'édition de Coustelier tes flots ; le recueil de Fontenelle porte ces flots; celui de 1658, fait du vivant de Racan , porte ses flots , et c'est ce qui nous a semblé la véritable leçon. En effet, l'éditeur de 1724 a été visiblement entraîné par la direction principale de la pièce, dont toutes les

Celuy qui sur les eaux va tenter la fortune ,

Le calme de Neptune L'assure pour un temps de l'empire du sort; Mais à la fin les flots, en écumant leur rage,

S'enflent d'un tel orage Qu'ils luy font regretter les délices du port.

Ainsi ce dieu , qui porte une éternelle envie

A l'heur de nostre vie , Traverse à tous les coups l'espoir des plus contens; Sa bonace infidelle abuse tout le monde,

Et souvent dans son onde Les jours les plus sereins sont les plus inconstans.

Je sçai combien d'orage et combien de tempeste

Sa cruauté m'apreste.

Et combien mon dessein sera laborieux ; Mais aux braves efforts d'un courage invincible

Il n'est rien d'impossible :

Les pénibles conseils sont les plus glorieux.

ODE

Saison des fleurs et des plaisirs, Beau temps parfumé de zephirs, Espoir d'une fertile année,

autres strophes sont adressées directement au Loir ; mais le mouvement qui marque le début de celle-ci, et surtout le dernier vers :

Dans ce fleuve que dans mes pleurs ,

indiquent clairement qu'ici le poète se parle à lui-même ; et, quant à la leçon de l'autre recueil, outre que ses flots est plus poétique, il est peu probable que Racan, dans la même strophe, et parlant du même fleuve, ait employé deux fois le même pronom démonstratif.

170 Odes.

Que tes appas ont de rigueur, Et que ta plus claire journée Produira de nuits en mon cœur!

Mon roy, las de l'oisiveté Où l'hyver 1 avoit arresté, Bénit le temps qui l'en délivre.

On voit bien quel est son pouvoir De ce qu'il faut que pour le suivre Mon amour cède à mon devoir.

Non, non, contentons mon désir :

C'est le conseil qu'il faut choisir.

Quoy qu'on en parle et qu'on m'en blâme, Puis-je servir un plus grand roy Que le bel astre à qui mon ame A donné ma vie et ma foy ?

Qu'un autre , enflé d'ambition , Aille assouvir sa passion Aux yeux d'une foule importune; Pour moy, je renonce à la cour.

Et ne veux faveur ny fortune Que dans l'empire de l'Amour.

Qu'il fasse des faits inoùis Sous les enseignes de Louis, Ce grand Mars du siècle où nous sommes. Je n'en seray point curieux :

S'il sert le plus puissant des hommes, Je sers le plus puissant des dieux.

Odes. 171

ODE

Ingrate cause de mes larmes, Je vais chercher dans les alarmes Le trépas et la liberté.

C'est le conseil que je dois suivre , Puisqu'en servant vostre beauté Je ne puis ny mourir ny vivre.

Mon roy voit ses villes désertes, Ses plaines d'escadrons couvertes ; La violence a tout permis , On ne voit que fer et que flâme , Et s'il n'a point tant d'ennemis Comme j'en porte dans mon ame.

Mais que mon espérance est vaine De chercher la fin ae nu peine Par des moyens désespérez 1 Vous tenez ma vie encbaisaée , Et vous seule délibérez , Après Dieu , de ma destinée.

Dans la presse de ses armées.

D'injuste colère animées, Si je vais la Mort invoquer, Quiconque verra mon teint blesme Aura crainte de m'attaqner Et me prendra pour la Mort

Panny les hazards de ta guerre , Où Mars du bruit de son toaaeiTe Estonne la terre et les deux , Qu'est-ce qui peut m'oster la rie.

172 Odes.

Puis qu'avec les traits de vos yeux Amour ne me l'a point ravie ?

Non, non, il faut que je languisse, Et qu'en l'excez de mon supplice Je montre ma fidélité.

Ou que la raison m'en délivre. Puis qu'en servant vostre beauté Je ne puis ny mourir ny vivre (i).

ODE

Bien que je brusie incessamment D'une ardeur qui ne peot s'éteindre.

Et que je meure sans me plaindre.

N'en ayez point d'estonnement, Cloris : vos beautez perdurables Ont tant de grâces adorables.

Et moy du mérite si peu , Que ce penser m'oste l'audace.

Quand l'amour me rend tout de feu, Le respect me rend tout de glace.

Ce cruel tyran de mes jours Tient ma voix tellement captive.

Qu'au fort de ma peine excessive Je ne puis demander secours.

Aussi )e n'ay plus d'espérance Que jamais ma persévérance Rende mon tourment limité; Nulle raison ne me console.

I . Le poète a répété à la fin de cette pièce les deux vers qui terminent la première strophe. Cette forme a son agrément, pourvu que l'idée en soit heureuse; mais ici ce n'étoit que reproduire ce qui déjà étoit empreint de trop d'afféterie.

Odes. 173

Mon mal est à l'extrémité, Puisque j'ay perdu la parole.

Tous les cœurs vous sont des autels, Chacun vous rend obéissance; Vous avez la mesme puissance Qu'ont icy bas les immortels.

Lors que devant vous je soupire, Qu'est-il donc besoin ae vous dire De combien de soins ennuyeux Mes passions sont traversées? Puisque vous ressemblez aux dieux , Vous sçavez toutes mes pensées.

Mon teint, dont la vive couleur Devient mélancolique et blesme, Et mes sens tous hors de moy-mesme, Témoignent assez ma douleur.

Ces déserts où je me retire Plaignent l'excez de mon martyre; Les rochers, pour le pleurer mieux, Ont fait de nouvelles fontaines.

Et, si l'Amour avoit des yeux, Il auroit pitié de mes peines.

Ces bois si doux à mes ennuis.

Ces valons amis du silence, Sçavent de quelle violence Je me plains les jours et les nuits.

Si-tost que je suis solitaire , Ma passion ne se peut taire; Mais les liens me sont si chers Qui tiennent mon ame asservie.

Que je n'en parle qu'aux rochers, De peur que l'on me porte envie.

Toutefois, la discrétion Ne peut si bien celer ma flâme

174 Odes.

Que chacun ne lise en mon ame Ma violente affection ; Et, si bien-tost le long usage Ne vous fait voir dans mon visage Comme je meurs pour les appas Dont les Grâces vous ont pourveuë, Je croiray que vous n'avez pas Encore recouvré la veuë.

ODE

Çy uand la nuit, finissant nos veilles, ^^^Ferme les yeux et les oreilles Du vulgaire indiscret, Daphnis, en tous endroits où sa rage le porte , Accablé sous le faix de son ennuy secret, Au Ciel, qui ne l'oit pas, se plaint en cette sorte :

« Injuste et cruelle puissance

Qui ravissez dés leur naissance Tous mes contentemens, Astres qui présidez dessus mes destinées, A combien de malheurs, de pleurs et de tourmens, Avez-vous asservy le cours ae mes années !

« Je pensois, quoy que fist l'envie, Que jamais ces roys de ma vie Ne me seroient ostez, Et l'amour me donnoit assez de témoignages ^u'auprés de ces flambeaux si remplis de clartez 'es jours, à l'avenir, n'auroient plus de nuages.

« Toutefois, une mesme lune A veu de ma bonne fortune Le flus et le reflus;

Odes. 17$

L'absence m'a nerf cet objet adorable , Et dans ces tristes lienx il ne me reste plus D'un bien si-tost passé qu'un regret perdoraUe.

c Elle s'en va, cette inhamaine.

Sans avoir pitié de la pdne Dont l'ay ie cœnr attdnt; Et, sans vonloir attendre on temps plus agréable, EÔe met en hyrer ks roses de son teint A la mercy dn frind, aux fleurs impitoyable.

c De crainte qu'en cette OMitrée

EOe ne fbt iddatrée,

Voos l'ostez de nos yeux.

Vous voulez moderernostre ankur insensée. Vous voulez qu'on la sene ainâ qu'on sert les dienx , Et qu'on ne puisse plus l'adorer qu'en pensée.

c Quand il £uidroit sans espérance

Languir en ma persévérance, A tout je me soumets.

Je soofte constammrat l'ennuj qu'elle me donne. An fort de mes travaux , je n'mvoqne jamais Que rAmooT et la Mort, qni n'exauce personne (>)- »

ODE

Voos (pi riez de mes donleors.

Beaux yeux qui voiriez que mes fdeon Ne finissent qu'avec ma vie.

Voyez l'excez de mon ioonnent Depuis que cet éloigpieBeat M'a vostre présence ravie.

1. Celte odeest , panni les ptàxs de Raooi, one 4t celles où domine le pfos le genre de l'époque qm l'avoit pncèdé-

lyô Odes.

Pour combler mon adversité De tout ce que la pauvreté A de rude et d'insuportable, Je suis dans un logis désert, Où par tout le plancher y sert De lit, debufetet de table.

Nostre hoste avec ses serviteurs, Nous croyant des reformateurs.

S'enfuit au travers de la crote , Emportant, ployé sous ses bras, Son pot, son chaudron et ses dras, Et ses enfans dans une hôte.

Ainsi, plus niais qu'un oison, Je me vois dans une maison Sans y voir ny valet ny maistre; Et ce spectacle de malheurs, Pour faire la nique aux voleurs, N'a plus ny porte ny fenestre.

D'autant que l'orage est si fort Qu'on voit les navires du port Sauter comme un chat que l'on berne , Pour sauver la lampe du vent.

Mon valet a fait en resvant D'un couvre-chef une lanterne.

Après maint tour et maint retour, Nostre hoste s'en revient tout cour En assez mauvais esquipage ('), Le poil crasseux et mal peigné, Et le front aussi renfrogné Qu'un escuyer qui tanse un page.

I . Un ancien recueil porte : En un somptueux équipage. Tout est possible à l'ironie.

Odes. x-j-j

Quand ce vieillard déjà cassé Dun compliment du temps passé A nous bienveigner s'évertue (i), Il me semble que son nez tors Se ployé et s'alonge à ressers Comme le col d'ine tortue.

Force vieux soldats affamez , Mal habillez et mal armez, Sont icy couchez sur du chaume Qui racontent les grands exploits' Qu'ils ont faits depuis peu de mois Avecque monsieur de Bapaume.

Ainsi nous nous entretenons Sur le cul , comme des cuenons, Pour soulager nostre misère.

Chacun y parle en liberté , L'un de la prise de Pâté , L'autre du siège de Fougère.

Nostre hoste, qui n'a rien gardé Voyant nostre souper fondé '

Sur d'assez foibles espérances, Sans autrement se tourmenter'.

Est résolu de nous traiter D'excuses et de révérences.

Et moy, que le sort a réduit A passer une longue nuit Au milieu de cette canaille , Regardant le ciel de travers, J'écns mon infortune en vers D'un tison contre une muraille.

^^^^Bienveigner, souhai» la bienvenne, mot employé pai hacam. — i.

lyg Odes.

0 beau soleil , le seul flambeau Qui conduit mes jours au tombeau !

Quand vous sçaurez ce qui se^)asse , Je vous asseure, sur ma foy, Si vous n'avez pitié de moy, Que je n'espère plus de grâce (i)-

ODE

Il me faut désormais d'une juste contrainte Mettre fin à ma plainte , Et souffrir pour Cloris ce que le Ciel voudra. Aussi bien la prison où je languis pour elle

Est si douce et si belle Que, quand je me plaindray, pas un ne me plaindra.

Chacun de ses cheveux tient une ame enchaisnée ;

Comme la destinée, Elle fait les mortels heureux et malheureux, Et les traits de ses yeux , plus puissans que le foudre ,

Mettroient le monde en poudre , S'il meritoit l'honneur d'estre bruslé par eux.

Je ne m'estonne point que ce tyran des âmes,

Armé de tant de flames, Fasse contre son sein d'inutiles efforts : En tout temps les hyvers, ainsi que dans la Thrace ,

En occupent la place; La glace est au dedans et la neige au dehors.

1 . Cette pièce est agréable à lire. Elle apporte quelque variété à la manière habituelle de Racatv, et le genre plaisant n'y est pas trop mal mis en œuvre.

Odes.

Cette ing^te Cloris est si pleme de charmes Où les tra.ï'de is'veTx "„e°n' P'"' '^'"'"^

^^n de la pouvoir tous ^uls idolâtrer.

Henry, de qui le nom fut plus grand que la terre A f,;» ♦ • . ^^ 'î"' '^ tonnerre ^ ^ •

A fait taire les vents de nos séditions

S estimou honoré d'une gloirTnîr&lle u estre vaincu par elle

Que d'estre le vainqueur Se t^t de nations.

Au moins, si sa rigueur rend ma playe incurable . . Ma mort est honorable "'*^"'^'e, Puisque )e suis blessé par de si b^ll*.. „,- Et ,'ay ce reconfort, eS soufSnU ^^'J^^i^^

P avoir porté les chaisnes '^ '

Qui souloientenchaisner le premie?des humains. En l'excessive ardeur de ma persévérance

D une belle espérance L Amour essaye en vain de consoler mt^ ni-

Et ,.e tous s« SleB som te„d>,J sous des Heurs '■

^':'"'"'"'uL«;e7eœ''^»-».

M.^T£r9s£sr,^"^so^, Q=.s-.,fo:;«^»reiïgsd„p«

Ainsi ce dieu ,„|p„„,„„,.

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3e scay combien d'orage et combien de tempeste ^' -^ Sa cruauté m'apreste

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ODE-

p.ep..é contre A.our ^-ro,'»»™!"""' LJoue iamais ce tyran ne lej^J^^

^^^^ir^^S^ufpour le mieux,

^'''' ^ 'fïomt obHge de tenir la promesse ^'°" "%° on îait contre les dieux.

,^'Artemce, aussi tiers que puissans, ^^fSrtesXTrendu mes propres sens

^"'''"'^nnemisdemavie ^^ ,,„

Q^''''^ï5evoirmaguenson.

Pour elle, Jaydqatam^^^^^^^^^^^^

QH^^^^-rm^e^ro-V^runueraysoufferts,^ ^^- .- sert de.con^r -

P-^^'^^VoneenvïEmesf^^^

•i.P est évidemment la comtesse , Cloris, dans cette pièce, est ev.a deWoTp-entedeRacan,

Odes. i8i

Son teint a des appas qui n'ont rien d'emprunté; Ses yeux ont des rayons dont la vive clarté

Toute clarté surmonte, Et , depuis que la terre a produit ces flambeaux , Le Soleil n'ose plus, de peur de voir sa honte,

Se mirer dans les eaux.

Après mes longs travaux , après tant de tourment , Queferay-je, Raison, si d'aucun sentiment

La pitié ne la touche ?

Tous ses charmes sont pleins de chaisnes et de traits, Et mesme les refus d'une si belle bouche

Ne sont point sans attraits.

Quand tu vois dans ses yeux ce monarque des cœurs, Toy mesme tu me dis qu'à de plus doux vainqueurs

Je ne pouvois me rendre.

Tu braves ce tyran quand tu ne le voy pas ; Mais, si-tost qu'il paroist , au lieu de me deffendre ,

Tu mets les armes bas.

Reconnois ta foiblesse et cède à la beauté Dont la douce rigueur me retient arresté

D'une chaisne éternelle.

Tu t'opposes en vain aux volontez du sort , Puisque tu n'y peux rien : je dois attendre d'elle

Ou ma vie, ou ma mort.

ODE

Philis, vous avez beau jurer, Quand vous protestez d'ignorer Le désir dont amour nous touche; Les yeux, que vous avez si doux.

i82 Odes.

Démentant vostre belle bouche, Seront plus croyables que vous.

Vous sentez tout ce que je sens; Vos discours les plus innocens Sont pleins de ruse et d'artifice.

Je ne croy plus à vostre foy, Je connois trop vostre malice :

Vous n'estes enfant que pour moy.

Ce tiran si craint dans les cieux , Ce petit dieu qui dans vos yeux Fait tous les jours sa résidence , Quand mesme il y tend ses apas, Vous jurez avec impudence Que vous ne le connoissez pas.

Pour en parler sans passion, Vous ne sçauriez faire action D'une ingratitude plus noire Que lors que vous nous tesmoignez D'ignorer le nom et la gloire De celuy par qui vous régnez.

Mettez-vous en vostre devoir; N'attendez pas que son pouvoir Vous contraigne à le reconnoistre, Et n'estimez point odieux D'estre sous l'empire d'un maistre Qui nous rend compagnons des dieux.

STANCES

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