LE ROY DE PERSE AUX DAMES
Pour un ballet.
Stances.
Beauté pleine d'appas Qui conduisez mes pas, Si jadis au soleil )e faisois sacrifice.
Stances. 191
Lorsque le Ciel a voulu m 'inspirer, J'ay connu qu'Artenice Etoit le vray soleil qu'on devoit adorer.
Du bout de l'univers,
Par des climats divers, Je viens payer mes vœux à sa vivante image , Et sur l'autel de sa divinité,
A qui je rends hommage, Faire offre de mon sceptre et de ma liberté.
Le nom de mes ayeux
Est monté jusqu'aux cieux; Les bornes de la terre ont borné leur fortune, Et leur orgueil dessus mille vaisseaux,
Plus enflé que Neptune, A jadis chastié l'insolence des eaux.
Mai si , par mon bon-heur.
Jamais j'ay cet honneur Que de sa cruauté j'obtienne la virtoire Et mets à fin ce que je me promets, J'acquerrai plus de gloire Que mes prédécesseurs n'en acquirent jamais.
Ses aimables attraits ,
Inévitables traits , Sçavent dompter les cœurs en amour invincibles ; Mesme les eaux, les rochers et les bois, Cessent d'estre insensibles, Et se laissent traisner aux charmes de sa voix.
Toiut ce que ies esprits "
Ont de rare et de prix Sont de ce bel esprit les grâces ordinaires, Et de son luth les charmes decevans
Font par effets contraires Ressusciter les morts et mourir les vivans.
içî Stances.
Bien que mon jugement
M'apprenne sagement Combien en cet amour mon entreprise est haute, Nulle raison ne m'en peut divertir.
D'une si belle faute, C'est faillir doublement que de s'en repentir.
L'air, la terre et les cieux Sont brusiez par ses yeux;
La ruine du monde est toute manifeste.
Si je me perds en vivant sous sa loy, Ce reconfort me reste
Que je vois l'univers se perdre avecque moy.
STANCES
Tyrannique devoir qu'on ne peut éviter, M'as-tu donc fait quitter Celle qui pour mon cœur incessamment souspire? Et faut-il que toujours, avec tant de rigueurs,
Tu possèdes l'empire Que nostre vanité t'a donne sur les cœurs.''
Les ennuis que je sens me sont si douloureux
Que les plus malheureux, Quelque juste douleur dont leur ame soit pleine, ^Is ont du sentiment d'une vraye amitié.
Au récit de ma peine, Verront leur desespoir se changer en pitié.
Le seul bien dont Amour allège mon tourment
Est qu'il m'offre en dormant L'ange dont le Ciel mesme adore le mérite. Ainsi, quand le jour donne aux autres sa clarté,
Stances. 19}
C'est lors qu'elle me quitte, Et ne voy le soleil que dans l'obscurité.
Quand je luy dis adieu , mon ame s'envola
Du costé qu'elle alla; Elle adore par tout et suit par tout sa flâme. Qu'on ne s estonne point de sçavoir que je vy
Séparé de mon ame :
Amour, depuis ce temps, m'en a toujours servy.
Je connois que ma vie est si prés du trespas
Que je n'espère pas De jamais plus revoir ses beautez adorables. 0 dieux dont les amants implorent le secours !
Soyez-moy favorables :
Avancez son retour, ou prolongez mes jours.
Et toy dont la colère est l'effroy des vaisseaux,
Ne charge point tes eaux De cet astre divin dont mon cœur est esclave. Et ne profane point en ces barbares lieux
Que la Tamise lave Un soleil qui n'est fait que pour luire à mes yeux.
Si l'amour du pais que tu tiens embrassé
Est ce qui t'a poussé A faire à nos despens luire son diadesme, Porte luy la richesse et l'orgueil de Paris,
Porte luy Paris mesme, Porte luy tout le monde et me laisse Doris (").