I. Je dirois au roi Henri
Reprenez voire Paris.
L'un sembleroit une inspiration de l'autre : il n'y pas de petite chose en véritable poésie.
Racan. — I. ,,
f f uel Dieu cruel tient mon sort en sa main, ^^^Qui me fait estre à moy-mesme inhumain ? Quelle manie à présent me possède?
Plus mon ingrate a pour moy de rigueur, Plus je l'adore et plus je sens mon cœur Aimer le mal et haïr le remède.
Mon soin n'est plus d'estre mis dans les Cieux Au mesme rang de ces grands demy-dieux Dont les vertus nous servent de modelle : Je me plais tant à ma captivité Que, si j'aspire à l'immortalité j C'est seulement pour la rendre immortelle.
Bien que mes cris soient par-tout entendus , Bien que mes pleurs soient par-tout espendus. Bien que ma vie esteigne sa lumière, Si je vous prie, ô destins tout-puissans ! De me guérir des ennuis que je sens, Gardez-vous bien d'exaucer ma prière.
Quoy que chacun me puisse figurer.
Il n'est point d'heur plus grand que d'adorer Une beauté si digne de louanges.
Je vis au ciel sans bouger d'icy bas.
Et pense voir, en voyant ses apas.
Tous les apas que possèdent les anges.
Ce grand Thebain que rien ne put domter, Qui comme moy fut fils de Jupiter, Et dont la gloire en toute part est sceuë.
Stances: 195
Dans la prison d'une moindre beauté , N'a point rougi d'avoir à son costé Une quenouille au lieu de sa massue ('}■
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STANCES
ue mon sort est ambitieux ,D€ vouloir terminer ma vie De la plus belle fin et plus digne d'envie Dont jamais un mortel soit monté dans les cieux !
Celle à qui j'ay donné ma foy Force tout à lui rendre hommage.
Si c'est idolâtrer d'adorer son image , Le ciel est idolâtre aussi bien comme moy.
Aux pies de sa divinité
Toutes offrandes sont petites , Et faut que l'on confesse , en voyant ses mentes , Que rien n'est digne d'eux que ma fidélité.
Aussi j'ay l'esprit si content
De la gloire qui m'est offerte Que, si quelqu'un vouloit s'opposera ma perte, Je le croirois jaloux de l'honneur qui m'attend.
Cherche qui voudra le trespas
Dans une meslée homicide , Où l'heur d'estre blessé d'un Mars ou d'un Alcide Fait que mesme en la mort on trouve des appas.
I . Cette pièce , une des bonnes de Racan , et qu'il parott avoir faite pKOoi un autre que lui, pone dans le recueil de 1 638, aptes la dernière strophe, une ligne d'étoiles qui semble iwfiqiKT que dans la pensée de l'auteur le morceau a'étoit pas encore entièrement terminé.
Racan. — l. ij«
îçKS Stances.
Puis-je en la guerffe ou dans la cour
Faire une fin si glorieuse ?
Je meurs par une main la plus victorieuse Qui jamais tint le sceptre en l'empire d'Amour.
STANCES
Thirsis, il faut penser à faire la retraite (i) : La course de nos jours est plus qu'à demy faite. L'âge insensiblement nous conduit à la mort. Nous avons assez veu sur la mer de ce monde Errer au gré des flots nostre nef vagabonde ; Il est temps de jouir des délices du port.
1 . Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, ces stances et le monologue du se acte des Bergeries forment l'œuvre vraiment capitale de Racan. Quiconque a un peu lu les sait par cœur, ou ne se lasse pas de les relire. Une chose aussi universellement admirée pendant plus de deux siècles échappe à tout commentaire , comme elle a épuisé toutes les observations.
Tallemant des Réaux dit dans le chapitre qu'il a consacré à notre poète : « Il n'a jamais su le latin , et cette imitation « de l'ode d'Horace : Beatus ille, etc., est faite sur la tra- « duction en prose que lui en fit le chevalier de Bueil , son « parent , qui s'estoit chargé de la mettre en v^rs françois. » — Par cette imitation il faut entendre les admirables stances sur la retraite, dit en note le savant associé de M. de Montmerquépourla 3e édition de Tallemant, M. Paulin Paris.
Il est probable, en effet, que ce sont ces stances dont Tallemant des Réaux a voulu parler ; mais quant à son assertion , particulière touchant une traduction en prose qu'auroit faite le chevalier de Bueil pour que Racan la mît en vers, il est à remarquer que ce n'est pas seulement avec la 2e ode du livre des Epodés que les stances sur la retraite offrent quelques rapprochements dans les pensées, que notamment la 2e et la je stance en rappellent deux de la 10e ode du 2e livre, Rr.
Stances. 197
Le bien de la fortune est un bien périssable ; Quand on baslit sur elle on bastit sur le sable. Plus on est eslevé , plus on court de dangers : Les grands pins sont en bute aux coups de Ta tempeste, Et la rage des vents brise plûtost le faiste Des maisons de nos roys que des toits des bergers.
O bien-heureux celuy qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs, Et qui , loin retiré de la foule importune , Vivant dans sa maison content de sa fortune, A selon son pouvoir mesuré ses désirs!
Il laboure le champ que labouroit son père; Il ne s'informe point de ce qu'on délibère
titts lins, Licini, etc. , et que ce rapport plus tra moins marqué avec deux odes différentes semble exclure l'idée de la traduction en prose d'une seule jnèce destinée à être reproduite en vers. Ce double rapport s'expliqueroit uès bien par ce que dit l'abbé de MaroUes dans une lettre qui fignre au commentaire de la nouvelle édition de TaBemaat que nous venons de dter :
« M. de Racan... estoit très peu sçavant dans la langue « latine, qu'il n'eut jamais assez d'esprit pour bien appren- « dre ; ce qui faisoit qu'il disoit à tout le monde qu'il n'en « sçavoit pas un mot. Cela n'estoit pas véritable : il entenc doit assez bien les poètes latins pour les pouvoir lire en (c leur langue. »
Nous avons pensé long-temps qu'il pouvoit en être ainsi , et il n'a pas fallu moins que ce que répète Racan jusqu'à satiété, même dans ses correspondances mtimes, pour nous ramener à l'opinion générale sur ce point. Enfin nous aimerions surtout à croire ici , comme nous le faisons fermement pour d'autres morceaux de lui, ou de simples passages qu'on soupçonne également d'avoir été imités des anciens , qu'il a puisé ses inspirations, non pas dans Horace, mais aux mêmes sources qu'Horace, c'est-à-dire dans une douce philosophie, dans le sentLment poétique et dans son cœur.
Dans ces graves conseils d'affaires aecabrez; Il voit sans interest la mer grosse d'orages, Et n'observe des vents les sinistres présages Que pour le soin qu'il a du salut de ses bleds.-
Roy de ses passions, il a ce qu'il- désire, Son fertile domaine est son petit empire; Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ; Ses champs et ses jardins sont autant de provinces^ Et, sans porter envie à la pompe des princes. Se contente chez luy de les voir en tableau.
Il voit de toutes parts combler d'heur sa famille,, La javelle à plein poing tomber sous la faucille, Le vendangeur ployer sous le faix des paniers, Et semble qu'à l'envy les fertiles montagnes. Les humides vallons et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.
Il suit aucunesfois un cerf par les foulées Dans ces vieilles forests du peuple reculées Et qui mesme du jour ignorent le flambeau ; Aucunesfois des chiens il suit les voix confuses. Et voit enfin le lièvre, après toutes ses ruses. Du lieu de sa naissance en faire son tombeau.
Tantost il se promené au long de ses fontaines. De qui les petits flots font luire dans les plaines L'argent de leurs ruisseaux parmy l'or des moissons; Tantost il se repose avecque les bergères Sur des lits naturels de mousse et de fougères, Qui n'ont autres rideaux que l'ombre des buissons.
Il souspire en repos t'ennuy de sa vieillesse Dans ce mesme foyer où sa tendre jeunesse A veu dans le berceau ses bras emmaillottez; Il tient par les moissons registre des années, Et voit de temps en temps leurs courses enchaisnées Vieillir avecque luy les bois qu'il a plantez.
Stances. 199
Il ne va point fouiller aux terres inconnues, A la mercy des vents et des ondes chenues, Ce que Nature avare a caché de trésors, Et ne recherche point , pour honorer sa vie , De plus illustre mort , ny plus digne d'envie , Que de mourir au lit où ses pères sont morts.
Il contemple du port les insolentes rages Des vents de la faveur, auteurs de nos orages, Allumer des mutins les desseins factieux. Et voit en un clin d'oeil, par un contraire eschange, L'un deschiré du peuple au milieu de la fange. Et l'autre à mesme temps eslevé dans les cieux.
S'il ne possède point ces maisons magnifiques, Ces tours, ces chapiteaux , ces superbes portiques, Où la magnificence estale ses attraits.
Il jouit des beautez qu'ont les saisons nouvelles, Il voit de la verdure et des fleurs naturelles, Qu'en ces riches lambris l'on ne voit qu'en portraits.
Croy-moy, retirons-nous hors de la multitude , Et vivons désormais loin de la servitude De ces palais dorez où tout le monde accourt. Sous un chesne eslevé les arbrisseaux s'ennuyent. Et devant le soleil tous les astres s'enfuyent , De peur d'estre obligez de luy faire la court.
Après qu'on a suivy sans aucune asseurance Cette vaine faveur qui nous paist d'espérance , L'envie en un moment tous nos desseins destruit. Ce n'est qu'une fumée, il n'est rien de si fresie; Sa plus belle moisson est sujette à la gresie. Et souvent elle n'a que des fleurs pour du fruit.
Agréables déserts, séjour de l'innocence , Où loin des vanitez, de la magnificence. Commence mon repos et finit mon tourment ; Valons, fleuves, rochers, plaisante solitude ,
200 Stances.
Si vous fustes tesmoins de mon inquiétude, Soyez-le désormais de mon contentement.