‹ Œuvres complètes de Racan. Nouv. éd., rev. et annotéeChapitre 52 sur 95 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

A Monseigneur de Bellegarde sur la mort de M. de Termes, son frère.

C'est à ce coup, Roger, que la rage du sort A contre ta vertu fait son dernier effort , Ennuyé de souffrir sa longue résistance. Chacun avecque doute attend l'événement D'un combat où l'on voit une extrême constance S'opposer aux assauts d'un extrême tourment.

L'on pardonne les pleurs aux personnes communes, Mais non pas aux esprits qui dans les infortunes Ont si visiblement leur courage éprouvé. Modère donc l'ennui dont ton ame est touchée, Et ne regrette point que ton frère ait trouvé La mort que ta valeur a tant de fois cherchée.

Sa gloire étoit le but de son ambition , L'amour de la vertu la seule passion Dont il étoit épris, soit en paix, soit en guerre; Et, sortant comme toy de la tige des dieux , Cependant que le sort l'arrestoit sur la terre, Tous ses vœux ne tendoient qu'à retourner aux cieux.

Désormais ce guerrier est, selon son envie. Parvenu par sa mort à la céleste vie.

Après s'estre assouvi des appas de l'honneur, Les dieux l'ont retiré des mortelles allarmes. Et, si rien à présent peut troubler son bonheur. C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes.

Stances. 201

Il voit ce que l'Olimpe a de plus merveilleux, Il y voit à ses pieds ces flambeaux orgueilleux Qui tournent à leur gré la Fortune et sa roué , Et voit comme fourmis marcher nos levions Dans ce petit amas de poussière et de boue Dont nôtre vanité fait tant de régions.

Quelle magnificence , aux hommes inconnue , A témoigné là haut l'aise de sa venue ! Que de feux étemels naissoient dessous ses pas ! Qu'il augmenta du ciel sa clarté coûtumiere , Et que ce grand flambeau qu'on admire ici-bas Auprès de ce bel astre avoit peu de lumière !

Parmi tant de beautez qui luisoient en tous lieux , A peine son esprit daignoit baisser les yeux Pour voir dessous ses pieds ce que la terre adore ; Tous les dieux à l'envy luy versoient du nectar, Sinon Bellone et Mars, qui poursuivoient encore Les auteurs de sa mort sur les rives du Tar.

Mais, puisaue ses travaux ont trouvé leur azile, Oublie en sa faveur cette plainte inutile Dont l'injuste longueur traverse tes plaisirs. Crois-tu que , jouissant d'une paix si profonde , Il voulût à présent que, selon tes désirs, Le Ciel le renvoyast aux misères du monde ?

Le bonheur d'ici-bas se passe en un moment ; Le Sort , roy de nos ans, y règne absolument. Par luy ce grand César n'est plus rien que fumée. Puis qu'en ce changement tu cesses de le voir, Au lieu de sa dépoiiille aime sa renommée : C'est sur quoy le destin n'aura point de pouvoir(«).

I . Cette pièce est assurément fort loin de la Consolation à Dupeniei ; mais tout concouroit à ce qa'il y eût de grandes

202 Stances.

différences dans le fond des pensées comme dans l'expression. Elle offre enfin de remarquables beautés ; l'on y trouve , entre autres, la magnifique strophe :

Il voit ce que l'Olympe, etc.,

dont Malherbe fut jaloux. — Voyez la Notice.

SON N ETS

Page 1